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  • Analyse de la fronde de Montebourg et du revirement de Mélenchon

    J'ai trouvé cette note très intéressante et je pense qu'elle correspond à la réalité de ce qu'il se passe dans la gauche Française.

     

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    Notes :
    Quand les Fauxcialistes tentent de garder l’Elysée
    Opinion d'Ariane Walter


    Quand un parti politique a le pouvoir, il entend le garder. C’est trop bon. Dorures, avantages, déplacements gratuits, salaire conséquent, plus les à côtés, (le plus à côté possible.)


    Or les Fauxcialistes qui ont été en rade pendant de nombreuses années et qui sont à présent sous le soleil des puissants, se rendent bien compte qu’ils vont gicler aux prochaines élections et que même l’affrontement avec Miss le Pen ne les assure pas d’une victoire. 


    Que faire ?


    Ils ont dû se réunir, surtout quand ils ont reçu les résultats du dernier sondage où Hollande a dévissé d’un point et Valls de beaucoup plus…


    Ils ont donc pris la décision suivante : séparer les troupes en deux : la gauche qui se dit à gauche. Et la gauche qui est à droite. Chef d’équipe de la n°2 : Valls. Chef d’équipe de la numéro1 : Montebourg qui, depuis les primaires, joue le rôle de rebelle.


    Or lui, il faut le garder au chaud. On ne sait jamais. Si les affaires tournent encore plus mal, il en faut un qui puisse relever le drapeau de la gauche de gauche.


    Choisir Montebourg qui sort du think tank des "Young american leaders" , comme beaucoup de ses potes de tous les partis, comme représentant de la vraie gauche, est assez cocasse. Mais bon. On fait avec ce qu’on a sous la main.


    Par ailleurs, Mélenchon a parlé hier du futur candidat aux élections de 2017, qui est une candidate, qui s’appelle : La sixième république.


    Or, n’est-ce pas Montebourg qui s’est fait le chantre de cette sixième république ??????

    Suivez mon regard…


    Hollande va donc tenir autant qu’il peut tenir avec sa droite sioniste, en gardant précieusement une gauche avec Montebourg qui pourra jouer les utilités au cas où. Il y en a un qui est au courant : c’est Joffrin qui tout à coup change complètement sa partition ! Il était pour les US et l’UE et son dernier article décapite cette abominable oligarchie des banques qui traite si mal les pauvres ! Joffrin s'intéresse aux pauvres ! ça doit lui rapporter !!


    Mélenchon s’est bien fichu de lui et il faut avouer que ce changement de religion chez Joffrin, est aussi cocasse que si un islamiste devenait petite sœur de l’enfant jésus.


    Il y a donc anguille sous roche.


    Mélenchon joue-t-il un rôle là-dedans ?


    Hier il déclarait qu’il ne voulait absolument pas de l’union de la gauche car il n’était pas question de s’unir avec Valls et Hollande. Et avec Montebourg ??? Et les révoltés ( les énervés, que sais-je) qui votent quand même la confiance au gouvernement ?


    Et le FDG ? Que le PC a mis benoîtement dans sa poche… Mélenchon a dit qu’il n’était pas question de l’abandonner, que de malheureux militants qui n’avaient que lui seraient perdus… Certes… Qu’on pouvait discuter dans un groupe…(Il va se rabibocher avec Laurent ?) Certes…


    Mais il faut que Mélenchon sache quil a en face de lui, nonobstant son talent qui, dans l’attaque des US et du CRIF a été superbe, des gens qu’on n’abuse pas si facilement…


    Donc la gauche tenterait de sauver sa peau autour de Montebourg…

    Je propose un slogan pour eux. (Et gratuitement. )

    « Le changement c’est maintenant. »


    Si j’ai un conseil à donner à Mélenchon, c’est de se tenir à l’écart de tout. Surtout de Montebourg. C'est l'union du peuple qu'il veut ou l'union des guignols ?

    source

  • Satan utilise une double méthode : il réunit ce que Dieu sépare et il sépare ce que Dieu unit.

    La lecture de ce texte permet de donner un sens et l'essence de l'évolution de la "civilisation" dans laquelle nous sommes plongés.

    Cette vision peut apparaître simpliste et ridicule mais au bout du compte je n'en trouve aucune autre plus valide pour "réenchanter" ce monde. 

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    LES PROMESSES D'HÉGÉMONIE

    Dans son travail de destruction des œuvres divines, Satan utilise une double méthode : il réunit ce que Dieu sépare et il sépare ce que Dieu unit.

    Deux exemples : 

    1. – Dieu a créé deux archétypes : Jésus-Christ et Marie Sa Mère qui ont été

    les modèles selon lesquels Adam et Eve ont été formés. Dans la gnose luciférienne, il en est différemment : il y a un seul archétype désigné sous le nom d'androgyne qui est la réunion d'un homme et d'une femme en un seul être supposé ; Lucifer réunit ce que Dieu sépare.

    2. - Le couple humain est inséparable ; il est uni pour la vie par un sacrement.

    Le démon, pour sa part, n'a de cesse qu'il n'ait séparé les couples que Dieu a unis. 

    C'est à ce double traitement que le démon va soumettre les nations créées par Dieu pour être l'héritage de Son Oingt : "Je te donnerai les nations pour héritage". 

    D'une part, soufflant un vent de discorde, il va couper les nations en tronçons,multipliant leur nombre bien au-delà des 72 qui étaient à l'origine.

    Mais d'autre part et puisqu'il faut aussi qu'il parvienne à l'empire mondial, auquel dans une certaine mesure il a droit, il va susciter de formidables ambitions hégémoniques ;

    il créera des empires contre nature et, entre ces empires, une compétition qui éliminera les inaptes et laissera surnager les plus robustes ; le vainqueur final de la compétition dominera le monde. 

    Telle est schématiquement la double stratégie du démon.

    Nous la voyons clairement se développer sous nos yeux.

    Le régionalisme démantèle les nations européennes en vue de les faire disparaître en tant quantités nationales ;

    mais en même temps les deux grands blocs impériaux qui sont issus des affrontements précédents se préparent à de nouveaux assauts dont, à la fin, un triomphateur universel sortira. 

    Les ambitions hégémoniques sont incontestablement le ferment le plus efficace de l'unification finale.

    Le démon promet l'empire du monde à tous les princes de la terre qui présentent quelque chance.

    Le type parfait de cette promesse d'hégémonie est fourni par la Tentation au désert ; il est bon d'en revoir

    le mécanisme parce que les cas d'application en sont très fréquents dans l'histoire politique, si même ils n'en constituent pas le fond. 

    Le démon transporta Jésus sur une haute montagne et là : il Lui montra tous les royaumes de la terre, en un rien de temps. Et le diable Lui dit : c'est à Toi que je donnerai cette puissance tout entière avec leur gloire.  Car c'est à moi qu'elle a été remise. Et à qui je veux, je la donne" (Luc IV, 5-6).

    Il est important de remarquer deux particularités :

    1. - Ce qui est offert par le démon c'est la suprématie politique universelle, ce n'est pas seulement une hégémonie régionale. 

    2. - Celui qui acceptera cette offre tiendra cette puissance du démon et par conséquent il l'exercera au nom et pour le compte du démon. 

    Mais pour obtenir cette récompense il y a une condition à remplir. Cettecondition est bien connue : Toi donc, si tu te prosternes devant moi, elle seratoute à toi". Il faut donc que le candidat à l'empire reconnaisse la suzeraineté du"Prince de ce monde".

    Remarquons que, du point de vue juridique, le marché estparfaitement régulier. Le démon ne fait que transférer une principauté qui, commeil le dit, lui a été remise, et dont par conséquent il dispose.

    Ce marché, Satan l'aproposé à de nombreux rois, à de nombreux "grands de ce monde", dans lestemps anciens comme dans les temps modernes. 

    Voyons maintenant en quoi consiste la prosternation demandée.

    On peut légitimement penser qu'elle consiste en une adhésion au plan de conquête dudémon ou à une partie de ce plan ;

    en dernière analyse la prosternation exigée consiste en une incorporation au corps mystique de l'Antéchrist.

    La condition à remplir est toujours quelque chose de diabolique ; c'est toujours une contribution à l'édification du pouvoir de l'Antéchrist. 

    Rapprochons-nous du cas présent.

    L'hégémonie sur l'Europe, et par l'Europe sur le monde, Satan l'a promise à tous les gouvernants européens. Il la promet aux Anglais s'ils établissent partout des succursales de la loge de Londres.

    Il la promet aux Allemands s'ils mettent sur pied le socialisme industriel d'Etat, merveilleux instrument de domination.

    Il la promet aux Russes moyennant la collectivisation de tous les biens.

    Il la promet aux Arabes, les poussant à islamiser "les Roumis".

    Il la promet aux Juifs, les plus prédisposés à y souscrire puisque,selon leurs vieilles traditions, l'empire du monde leur est dû.

    Il la promet aussi aux nations extrême-orientales, détentrices de légendes et de prophéties impérialistes. 

    C'est encore avec un stimulant analogue, celui de la puissance cachée (dont rêvent tant d'intellectuels) qu'il va donner l'impulsion, non seulement à la francmaçonnerie, mais à toutes les confréries initiatiques, chacune s'étudiant à dominer l'autre secrètement.

    Satan ira même jusqu'à proposer le marché hégémonique à l'Eglise catholique. Il dira au Pape : "Si tu réunis les premières Assises du parlement religieux universel, je t'en ferai donner la présidence".

    Inexplicablement le Pontife romain a accepté ; il n'aura qu'une présidence éphémère mais les "assises" resteront ; sur elles on construira un temple à Lucifer.

    Pour le démoniaque orchestrateur de cette immense foire à l'hégémonie, le bénéfice est double :

    1. - Chacun des compétiteurs apporte sa pierre à l'édifice du socialisme absolu et universel qui sera le régime de l'Antéchrist.

    2. – Il gagne aussi d'une autre manière : ces luttes éliminatoires désigneront d'elles-mêmes le plus fort ; il ne restera plus au vainqueur qu'à fédérer des républiques qui seront déjà socialistes et gnostiques ; il n'y a déjà plus que deux grands blocs en lice ; il faut maintenant désigner le triomphateur final par une nouvelle série de conflagrations mondiales, car il est peu vraisemblable qu'une si grosse affaire se règle en une seule crise.

    source

  • LA SCIENCE DU BIEN ET DU MAL, Franc-maçon ou croyant ?

     

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    LA SCIENCE DU BIEN ET DU MAL

    Dans ce monde où le bien et le mal sont si proches voisins, nous devons

    cultiver la "science du bien et du mal" afin de ne pas les confondre. Et nous

    devons la cultiver précisément parce qu'elle ne nous est pas naturelle ; nous

    sommes privés de la consommation du fruit qui devait nous la procurer : "Ne

    comederes" (Gen. III, 17). Tu n'en mangeras pas. 

    Cette double science, si nécessaire, c'est Notre-Seigneur qui nous l'apporte. Il

    est Lui-même l'arbre de cette science et son "fruit" nous la communique. La

    science du bien, c'est la science du Christ et la science du mal c'est la

    science de l'Antéchrist. Une grande partie de l'Évangile est consacrée à nous

    révéler la personne de l'Adversaire. Si nous ne possédons que l'une des deux

    sciences, nous sommes des Docteurs borgnes. 

    Les docteurs de la Synagogue possédaient plutôt la science du mal. Habitués

    à se méfier des "Nations" et de leurs dieux-démons, ils se sont méfiés du Christ :

    "C'est par Belzébub que Vous chassez les démons" lui disaient-ils. 

    Inversement l'Eglise des Gentils, saturée de la science du bien, ne se méfie

    pas de l'Antéchrist ; on voit aujourd'hui qu'elle s'apprête à le reconnaître

    puisqu'elle accueille déjà ses adeptes. Finalement la Synagogue obstinée et

    l'Eglise dévoyée n'auront rien à s'envier l'une à l'autre. La première aura rejeté le

    Christ et la seconde aura accueilli l'Antéchrist. 

    C'est pourquoi il faut une science équilibrée qui conduit à la prudence sans

    obscurcir l'esprit : "Voici donc que Je vous envoie comme des brebis au milieu

    des loups. Soyez donc prudents comme les serpents et simples comme les

    colombes". (Math. X, 16). Par cette association du serpent et de la colombe, le

    texte spécifie de quelle prudence nous devons nous armer. Car il y a deux

    prudences : la prudence tortueuse qui fut celle du serpent au jardin d'Eden et la

    prudence simple qui fut celle de saint Joseph à Nazareth (Nazareth signifie :

    jardin des Fleurs). Le Divin Maître précise ici de quelle prudence il veut parler. Il

    veut que nous pratiquions la prudence qui peut s'allier à la simplicité de la

    colombe. 

    Pour garder la simplicité dans la prudence, il faut cultiver simultanément les

    deux sciences. Celle de l'Eglise illumine l'intelligence et réchauffe le cœur. Celle

    de la contre-église nous fait reconnaître les ténèbres sous la fausse lumière.

    Ceux qui ne cultivent que la science de l'Eglise deviennent des naïfs qui ignorent

    les chausse-trapes de l'Adversaire. Ceux qui ne cultivent que la science de la

    contre-église se laissent souvent fasciner par la prodigieuse astuce des démons

    et finissent par se faire enrôler dans les rangs de la contre-église. En effet l'étude

    des documents des sectes, qui nous fait connaître l'ennemi, est dangereuse ; il

    faut prendre garde à ne pas se complaire dans ces textes car ils contiennent des

    subtilités d'apparence logique (le démon est logicien) mais qui enténèbrent

    l'esprit et dévient la volonté. Il faut les compenser par la nourriture spirituelle et

    par les lumières que l'on trouve dans le Patrimoine de la Religion. 

    par JEAN VAQUIE

  • Libye, Etat Islamique d'afrique du nord en devenir ?

    Lundi, 25 Août 2014
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    Libye: est-il encore possible d'empêcher la création d'un "Etat islamique d'Afrique du Nord" ?
    Bernard Lugan
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    Au point de vue militaire la situation libyenne a considérablement évolué depuis mon précédent communiqué en date du 17 août dernier:

    - A l'Est, en Cyrénaïque, l'offensive du général Haftar a été bloquée par les milices islamistes; le 22 juillet, à Benghazi, le quartier général de ses forces spéciales a même été pris d'assaut.
    - A l'Ouest, en Tripolitaine, les milices de Misrata (Frères musulmans) et les salafistes de Tripoli surarmés par le Qatar et par la Turquie, paraissent prendre peu à peu le dessus sur les milices berbères de Zenten dans la région de l'aéroport principal de Tripoli. Le second aéroport de la capitale, celui de Maïtigua, est déjà contrôlé par les islamistes d'Abdelhakim Belhaj.

    La stratégie des salafistes, des Frères musulmans et du Qatar est désormais claire: faire de la Libye une base de déstabilisation régionale. De fait, l'Egypte et l'Algérie sont directement menacées cependant que la Tunisie n'arrive pas à liquider les maquis des monts Chaambi. Quant au Maroc, il va être dans les prochains mois la cible d'un nouveau mouvement fondamentaliste baptisé Unicité et jihad au Maghreb al-Aqsa. Au Sud, le Mali, le Niger et le Tchad vont automatiquement subir la contagion de la situation libyenne.

    Le processus de déstabilisation de la Libye a été très largement pensé et supporté par le Qatar qui, dans un premier temps, a utilisé Al-Jazira pour diaboliser le régime Kadhafi. Le bras armé de cet insatiable et arrogant petit émirat fut Nicolas Sarkozy qui, subverti par BHL, imposa l'intervention internationale en reprenant à son compte les mensonges d'Al-Jazira au sujet d'une menace inventée sur les populations de Benghazi.

    La situation étant aujourd'hui ce qu'elle est, est-il encore possible d'empêcher la création d'un "Etat islamique d'Afrique du Nord " avec toutes les conséquences régionales qu'aurait un tel événement ?
    Les Européens n'ont comme d'habitude qu'une seule solution à proposer: encore et toujours la démocratie. Le 4 août, jour de sa première réunion à Tobrouk, ils ont ainsi reconnu la légitimité du nouveau parlement pourtant élu par à peine 10% des électeurs, et ils ont appelé ses membres à une "gouvernance démocratique"... Il est difficile d'être davantage déconnecté des réalités, d'être plus prisonnier des nuées, de l'idéologie...

    La solution réaliste comporte deux volets, l'un est militaire, l'autre politique:

    1) Comme je l'annonçais dans mon communiqué daté du 15 juillet 2014, une triple intervention de l'Egypte, de l'Algérie ( en dépit des déclarations contraires du Premier ministre Sellal) et de la France est dans les cartons.
    2) Si une telle intervention n'a pas encore débuté c'est parce qu'elle doit impérativement se faire en appui à une résistance libyenne. Or, et je viens de le dire, le général Haftar a perdu sa crédibilité. Il devient donc urgent et nécessaire de reconstruire le système d'alliances tribales qui existait du temps du colonel Kadhafi. Sans lui, il n'y aura pas d'intervention étrangère permettant d'abord de contenir, puis ensuite de réduire les salafistes d'Ansar al Charia et leurs alliés en Cyrénaïque, les résurgences du GICL (Groupe islamique combattant en Libye) en Tripolitaine et les Frères musulmans de Misrata.

    Or, que cela plaise ou non, Seif al-Islam, le fils du colonel Kadhafi, est le mieux placé pour constituer un tel rassemblement (voir à ce sujet mon communiqué du 17 août). A défaut, toutes les forces islamistes risquent d'être engerbées et coagulées dans un futur "Etat islamique d'Afrique du Nord" à l'imitation de l'EIL d'Irak.

    source

    Le blog officiel de Berbard Lugan :: lien
  • Les nouveaux dangers qui pèsent sur la pensée et la littérature

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    La critique de la raison absente, par Stanko Cerovic

    Le 20 décembre, le site www.autodafe.org publiait plusieurs textes d'écrivains consacrés à ce qui est proposé de plus en plus souvent comme l'aspect le plus grave et le plus profond de la crise qui nous déchire, — et c'est effectivement notre analyse. Cet envoi était accompagné du commentaire suivant :

    « A l’occasion du dixième anniversaire du Parlement international des écrivains, www.autodafe.org commence la publication d'une série d'articles chargés de recenser les nouveaux dangers qui pèsent sur la pensée et la littérature, les formes inédites que prennent aujourd’hui la censure et la propagande, mais aussi les moyens et les réseaux nouveaux de la résistance intellectuelle, littéraire, linguistique... »

    Le même envoi proposait, comme autre citation pour mieux le caractériser, cette phrase d'Anna Arendt qui nous semble complètement pertinente, illustrant de façon fulgurante la crise terrible où nous nous enfonçons : « Le sujet idéal du règne totalitaire n’est (pas) le nazi convaincu...mais l’homme pour qui la distinction entre fait et fiction (c’est à dire la réalité de l’expérience) et la distinction entre vrai et faux (c'est à dire les normes de la pensée) n’existe plus. »

    Parmi les textes proposés se trouve une chronique de Stanko Cerovic, né en 1951 à Podjorica, au Montenegro, — « La critique de la raison absente ». C'est ce texte que nous reprenons ci-dessous pour le présenter à nos lecteurs (ceux-ci noteront qu'avec l'accès au texte dans sa publication initiale, ils peuvent trouver un lien vers une version en langue anglaise du même texte). Cerovic est actuellement directeur de la rédaction serbo-croate de Radio France internationale. Il a publié un essai sur la guerre du Kosovo, Dans les griffes des humanistes, chez Climats, à Paris, en 2001.

    Quelques mots sur le livre de Cerovic, “Dans les griffes des humanistes”

    Nous dirons également un mot du livre de Cerovic, qui est une chronique d'un observateur engagé, qui a suivi avec consternation et une immense douleur l'imposture que fut la guerre du Kosovo. C'est ce caractère, surtout, qui retient notre attention, ce caractère d'imposture de la guerre, — caractère d'imposture dont on doit constater l'existence, dans l'analyse qu'on fait du conflit, au-delà même des prises de position qu'on a pu être amené à prendre sur le sens de ce conflit : cette imposture est désormais un comportement structurel des bureaucraties occidentales. (Nous-mêmes, nous tentons par ailleurs sur ce site, en l'une ou l'autre occasion, d'approcher ce phénomène.) Cerovic cerne, dans son livre, une situation qui n'est pas éloignée de ce que nous tentons de proposer comme définition pour le concept de “virtualisme”, que nous tentons d'explorer et de développer.

    Son approche de ce phénomène encore mal appréhendé, dont beaucoup d'entre nous sentent l'importance considérable, — aussi grande que la difficulté à le définir précisément, — est intéressante dans la mesure où elle se fait d'une façon très réaliste. Ainsi Cerovic ne s'attaque-t-il pas aux “choses” (pour ou contre le mensonge, si vous voulez) mais aux attitudes des hommes vis-à-vis de ces choses, — conscient que ces choses sont une partie inaliénable de la vie, cas du mensonge pour poursuivre l'exemple.

    Bien sûr, cet extrait, ci-après, montre ce que nous cherchons à dire, à la façon dont nous cherchons à le dire, d'autant plus qu'il concerne effectivement le mensonge. (Extrait de Dans les griffes des humanistes, p.96-97.)

    « La différence entre les grands hommes d'État et les politiciens qui ne sont pas à la hauteur réside dans le fait que les premiers se résignent au mensonge comme à un pis-aller, pour exprimer ou réaliser leurs grandes visions, alors que les seconds pensent que la politique n'a de sens que dans le mensonge et la flatterie, le mensonge permettant d'occulter la vérité dont ils ignorent tout et avec laquelle ils n'ont pas envie de se coltiner. Comparez le rapport au mensonge de De Gaulle et de la génération clintonienne. La politique transforme les hommes, ceux qui sont bien en meilleurs, ceux qui ne valent rien en gredins. Cela n'est pas très différent dans l'art. »

    La critique de la raison absente

    Je n'ai jamais dansé avec un cobra royal sauvage comme le font des villageoises thaïlandaises. Au sommet de leur art, elles embrassent le plus redoutable être de cette terre et de notre inconscient, puis elles mettent sa tête dans leurs bouches. Il semble qu'on ignore l'origine de ce rituel qui est aujourd'hui exécuté pour les touristes pour 25 centimes. C'est un bel exemple de la loi de métamorphose des formes spirituelles : des mythes profonds qui cherchaient à apprivoiser les forces de la vie et de la mort en confondant le sang et le poison, en renversant le rôle de la bouche d'une femme et d'un serpent, deviennent un rituel qu'on répète parce que la tradition l'a figé, puis une danse fascinante dont la raison d'être est oubliée, puis un divertissement gratuitement dangereux, puis un métier comme un autre avec lequel des femmes pauvres essaient de nourrir leurs enfants… Comme si des profondeurs de l'esprit des formes remontaient en se déchargeant, en devenant de plus en plus légères, pâles, pour expirer à la surface de l'histoire.

    Je n'ai jamais dansé avec un Cobra, mais cette métaphore m'est venue à l'esprit à propos du sujet de ce texte. Il s'agit du sujet à la fois le plus banal et le plus mystérieux qui soit : la propagande officielle, ou le rôle de l'intelligentsia officielle dans les sociétés dans lesquelles j'ai été condamné à vivre, le communisme et le capitalisme de la deuxième moitié du XXe siècle. On a trouvé une expression très juste pour désigner cette pratique, le “lavage de cerveaux”, ou encore le “bourrage de crânes”. L'image et l'intuition sont justes : il s'agit bien de la dé-spiritualisation de l'homme, de la société et de l'histoire, dont témoignent d'une manière presque trop monotone les guerres, les arts et l'expérience intime de l'homme moderne. On a écrit d'innombrables volumes sur ce thème, sur la logique du mensonge, sur la corruption des idées et du langage, on peut probablement affirmer que c'est la notion la plus banale de la société, dans le sens où littéralement tout le monde est au courant de ce processus de lavage qui a pris des dimensions planétaires, qui ne s'arrête ni le jour ni la nuit, qui cherche à inclure des tribus cachées au fond de la jungle et les individus les plus résistants… Parce que, dans sa manière de mourir au moins, l'esprit ressemble au monde : le lavage des coins les plus éloignés de la conscience correspond à la destruction et à la conquête des tribus le mieux et le plus longtemps cachées des centres du pouvoir mondial.

    Le sujet le plus banal et aussi le plus mystérieux : aucun savoir, aucune expérience, aucune résistance ne peuvent modifier en quoi que ce soit ce processus de lavage. Le mensonge officiel qui commande au lavage des cerveaux est comme un serpent mythique dont personne ne voit ni le début ni la fin alors que chacun est conscient de sa présence. Il n'a pas la beauté majestueuse du cobra royal mais il en a tout le poison, tandis que les hommes qui en sont les victimes n'ont ni le courage ni l'habileté d'une danseuse Thaï mais toute sa mortelle fragilité.

    * * *

    Hegel, si je me souviens bien, pensait que la bataille de Salamine était la plus extraordinaire de toute l'histoire, parce que dans le triomphe d'une poignée d'Athéniens sur l'immense armée perse il voyait la plus belle illustration de la supériorité de l'esprit sur la force brute. L'histoire semblait lui donner raison : dans cette bataille fut sauvée la civilisation grecque, avec des conséquences incalculables pour l'humanité. Deux millénaires et demi plus tard les penseurs officiels de l'Empire régnant, aux Etats-Unis et en Europe, avec l'euphorie de ceux qui sentent le grand souffle de l'Histoire dans leurs oreilles, qui se savent les agents de changements inoubliables, pariaient sur une autre guerre qui se déroulait sous leurs yeux.

    La propagande officielle avait présenté la guerre de l'OTAN contre la Yougoslavie comme la plus importante de toute l'histoire, un tournant dans l'histoire humaine, parce que c'était la première guerre morale, pure de tout calcul égoïste, la preuve qu'un nouveau monde était en train de naître, un monde dans lequel les droits de l'homme et la générosité allaient remplacer le macabre diktat des intérêts économiques et politiques.

    Dans ses motivations et dans la manière dont elle fut menée, elle a été, évidemment, la plus sale de toutes.

    Et pourtant, la propagande officielle avait raison : cette guerre fut d'une importance historique.

    Le 3 juin 1999, le monde a appris que la propagande officielle peut sans aucune difficulté convaincre des peuples entiers, les plus éclairés et les moins militaristes, qu'une guerre impériale est une guerre humanitaire, que les crimes les plus ignobles sont des exploits moraux, que la lâcheté est courage, que le Mal est le Bien, que chaque homme honnête doit soutenir ces guerres humanitaires, enfin que la précipitation du monde dans l'abîme de la violence arbitraire n'est rien d'autre que l'aube de l'harmonie, de la lumière et de la liberté.

    Autant que je sache – et le comportement de ces élites avant et après la guerre le confirme – personne au sommet du pouvoir dans les pays membres de l'OTAN n’envisageait un triomphe du mensonge aussi facile contre une réalité qui le démentait jusqu'au moindre détail. Dans les chancelleries occidentales régna une atmosphère de panique pendant toute la durée de la guerre de l'OTAN. On craignait le réveil de la population à chaque instant, les mensonges étaient de plus en plus invraisemblables, des milliers de journalistes suivaient la guerre, des milliers d'intellectuels la commentaient, la jugeaient moralement et politiquement…

    Et ce fut un triomphe, militaire et idéologique. Mais oui, chers amis, on pouvait bombarder à l'infini, on pouvait détruire des pays entiers sans aucun risque, on pouvait manipuler nos opinions publiques sans limites ! Un avenir fantastique s'ouvre devant nous. Ce n'est plus la guerre, c'est la pure volupté !

    * * *

    Qui sont ces hommes qui se sentent obligés, comme si c'était leur raison d'être, de propager des mensonges aussi ridicules que néfastes pour le monde et sans aucun doute pour leurs proches et pour eux-mêmes ?

    La guerre planétaire contre le terrorisme déjà lancée avec le soutien inconditionnel, comme les médias le répètent tous les jours, d'une immense majorité d'Américains, le reste du monde a reçu une « Lettre d'Amérique, les raisons d'un combat » , un long texte signé par des dizaines de ce qu'on appelle dans la presse les grands intellectuels, les penseurs, les historiens, les professeurs des grandes Universités. L'élite intellectuelle des Etats-Unis y explique pourquoi la guerre déclarée par le gouvernement de George Bush est bonne et juste.

    D'innombrables textes censés justifier ces guerres sont publiés, tous reprennent les mêmes arguments, mais cette « Lettre » est peut-être plus importante que les autres. D'abord, c'est la parole qui descend du sommet de la pyramide du pouvoir. Elle vient des grandes Universités – en première place Harvard – et d'innombrables Instituts, “privés et indépendants”. Si l'on pouvait savoir qui l'a commandée et comment cette lettre a été faite, on en apprendrait beaucoup sur le mécanisme caché du “pouvoir réel” aux Etats-Unis et dans le monde. C'est le genre de texte qu'on appelle “programmatique”. On les publie rarement, d'habitude au moment des grands tournants politiques, lorsqu'il faut montrer au peuple les grandes lignes de la nouvelle orientation. Seulement pour ces tournants on sort l'artillerie lourde de la propagande, on réunit les grands noms de la vie publique, ceux qui sont censés convaincre une immense majorité de la population. Dans le communisme l'élite intellectuelle était ainsi mobilisée seulement lors des congrès du parti.

    Dans ces textes, toujours et partout, on revient d'abord sur les racines de notre foi commune, les racines du peuple, de la civilisation, de l'idéologie, de la religion, de la nature humaine ; puis on fait appel aux plus grandes valeurs morales qui obligent tout le monde ; puis on démontre ce que “nous” devons faire pour être fidèles à ces valeurs et à nos ancêtres ; puis c'est le tour de nos adversaires qu'on désigne comme le danger mortel pour nos valeurs (ici, il y a une règle absolue : jamais, au grand jamais, vous ne devez admettre que c'est vous, ou votre gouvernement, ou vos intérêts qui sont menacés mais souligné que c'est le “peuple” qui est menacé, les petits gens, les ouvriers et surtout — c'est la dernière invention de la propagande — les femmes) ; puis on cite les noms de nos grands ancêtres, aux Etats-Unis ce sont Washington, Lincoln et dernièrement Martin Luther King pour couvrir le gouvernement du côté raciste et impérial. Alors on arrive au noyau de la propagande, le point le plus délicat où il faut montrer qu'une conclusion s'impose d'elle-même, presque malgré nous, parce que nous sommes mus par nos valeurs et nous tenons à notre indépendance : on souligne que nous sommes très critiques par rapport au pouvoir, que le pouvoir commet des erreurs regrettables — et nous sommes les premiers à le dire ! —, mais tout compte fait, tout bien analysé et pesé, en toute liberté et d'une manière absolument désintéressée, notre gouvernement n'est pas responsable de ce qui se passe, il a choisi la meilleure, la plus courageuse et finalement la seule politique possible, que nous devons, en tant qu’hommes moraux et responsables, soutenir.

    Il n'y a plus qu'à dire l'inverse sur vos adversaires ; ils ne suivent pas de valeurs universelles et n'ont pas de morale, ils ont une culture de la mort, ils se sont égarés par rapport même à leurs propres traditions, à leur religion, ils sont trompés par des groupes corrompus, égoïstes et méchants, ils devraient se révolter eux-mêmes contre ceux qui prétendent les défendre et se joindre à nous pour le bien commun ; on lance obligatoirement quelques déclarations d'amour pour les peuples que notre armée bombarde ou se prépare à bombarder, surtout pour les pauvres et les femmes. Ainsi la boucle est bouclée : les grandes lois de la vie et de l'histoire, les dieux de toutes les religions, les valeurs de toutes les civilisations et de tous les hommes honnêtes, comme des analyses raisonnables et responsables, sont réunis pour prouver que notre politique est la meilleure, que nous sommes bons et justes, que la guerre que notre pays mène — tout en étant une chose terrible en soi à laquelle nous sommes très désolés d'être obligés de recourir — est un choix indispensable pour tous les hommes de bonne volonté.

    * * *

    Les grands intellectuels, du sommet d'une civilisation, au moment où leur pays mène une campagne de colonisation de la planète selon les règles éternelles de la conquête, sous la direction d'un lobby militaire brutal, d'un gouvernement incapable et d'une élite financière aveuglée par l'avidité, les grands intellectuels s'efforcent d'envelopper ce crime, qui poussera bientôt le monde au bord du gouffre, dans une propagande à la fois menaçante et douce, doucement menaçante.

    Cela sonne ainsi :

    « Nous reconnaissons que notre nation a parfois fait preuve d'arrogance et d'ignorance envers d'autres sociétés […]Nous sommes unanimement convaincus […] que l'invocation de telle ou telle faute spécifique en matière de politique étrangère ne peut en aucun cas justifier, ni même servir d'argument préalable pour le massacre massif d'innocents[…] Bien que nous ne prétendions pas connaître en profondeur les motivations de nos agresseurs et de leurs sympathisants, ce que nous en savons donne à penser que leurs griefs s'étendent bien au-delà des seules considérations politiques […], en ce sens on peut dire qu'ils ont tué pour tuer… »

    Ayant ainsi établi que “notre” gouvernement n'est responsable de rien, que notre “être” est visé, que nos ennemis sont des monstres qui tuent pour tuer — et se suicident pour s'amuser —, on revient sur notre grandeur morale :

    « Aucune autre nation dans l'Histoire n'a aussi explicitement forgé son identité — sa Constitution, ses textes fondateurs et même sa propre perception de soi — sur la base des valeurs universelles. Avec optimisme, mais rigueur, nous faisons nôtres les propos du Dr Martin Luther King lorsqu'il dit que, si l'arc de l'univers moral est vaste, il s'incurve vers la justice, non seulement pour quelques privilégiés mais pour tous. » (Que conclure ? Que les autres peuples et civilisations, du passé, du présent et de l'avenir, n'ont qu'à sortir de l'histoire et de la vie devant ceux qui ont atteint l'absolu ? Que le monde qui crie contre l'arbitraire de la politique américaine est incapable de comprendre que la justice veut que les intérêts américains soient sacrés ?)

    On entrevoit la grandeur des guerres futures :

    « Nous reconnaissons que toute guerre est terrible… Nous savons aussi que la frontière entre le bien et le mal n'est pas une frontière entre deux nations […] En fin de compte, ceux d'entre nous — juifs, chrétiens, musulmans et autres — qui sont des gens de foi savent très bien que leur devoir, inscrit dans leurs Saintes Ecritures respectives, leur commande d'être miséricordieux […] Cependant, la raison et une réflexion morale attentive nous enseignent que, face au mal, la meilleure riposte consiste à y mettre fin. Il arrive que la guerre soit non seulement moralement permise mais moralement nécessaire […] C'est le cas aujourd'hui. »

    Après la réflexion morale attentive, les Saintes Ecritures sont amendées par l'élite de la nation qui a, mieux que qui que se soit dans l'histoire, forgé son identité sur des valeurs…

    « Certains estiment que l'argument du “dernier ressort” dans la théorie de la guerre juste […] suppose que le recours aux armes doit être approuvé par une instance internationale reconnue, telle que l'ONU. Cette proposition est problématique […] historiquement, l'approbation internationale n'a jamais été considérée par les théoriciens de la guerre juste comme une juste exigence […] par exemple le soulèvement du ghetto de Varsovie en 1943 contre l'occupation nazie — l'exigence de l'autorité légitime dans la théorie de la guerre juste n'invalide pas moralement le recours aux armes par ceux qui résistent à l'oppression… »

    On approche de la fin de l'exercice : les guerres impériales de la plus grande puissance militaire de toute l'histoire, menées avec la tactique “zéro mort” contre des peuples sans aucune possibilité de défense, sont moralement justifiées par le soulèvement du ghetto de Varsovie contre les nazis.

    Pour la fin on évoque les émotions hollywoodiennes ; nous sommes à la fois justes et invincibles, fermes et généreux, nous forçons votre admiration : « … Nous combattons pour nous défendre, mais nous croyons aussi nous battre pour défendre les principes des droits de l'homme et de la dignité humaine qui sont le plus bel espoir de l'humanité […] Nous avons tant à faire ensemble. Votre dignité humaine… voilà ce pour quoi nous croyons combattre.[…] Nous espérons pouvoir œuvrer avec vous et tous les hommes de bonne volonté à la construction d'une paix juste et durable. »

    Je regarde dans le journal Le Monde les photos des célébrités qui l'ont signée. Les sourires bienveillants, les regards intelligents. Qui sont ces gens ? Comment fonctionnent-ils ? Où est leur plaisir ? Je sais ce que tout le monde sait, l'importance de l'argent, de la carrière, la puissance de la bêtise et la perversité de l'intelligence, le désir d'appartenir et de participer, la peur d'être isolé et rejeté, la fascination de la force brute et du pouvoir, mais j'ai suffisamment fréquenté l'élite intellectuelle pour savoir que tous ces mobiles, si puissants soient-ils, n'expliquent rien, ou presque rien.

    Un autre groupe d'artistes et intellectuels américains, de toute évidence consterné par la première « Lettre » et porté par le désir de sauver son honneur et l'honneur de l'Amérique, a rapidement envoyé une réponse sous le titre « Lettre de citoyens américains à leurs amis en Europe » . Au moment où le pouvoir réel de la plus grande puissance du monde engage toutes ses forces, au moment où une immense majorité du peuple suit aveuglément ce pouvoir et où chaque critique est dénoncée comme trahison nationale, un groupe d'hommes cherche des amis de par le monde.

    Ça vaut la peine d'écouter presque simultanément cette autre voix, si humaine dans son vain espoir de résister au Mal.

    Cela sonne ainsi :

    « Cette guerre n'a aucune limite visible, ni dans l'espace, ni dans le temps, ni dans l'ampleur dévastatrice qu'elle peut entraîner. Nul ne peut dire quel pays pourra être soupçonné d'avoir abrité des éléments “terroristes” ou accusé de faire partie d'un “axe du Mal” […] Nous, citoyens des Etats-Unis, avons une responsabilité toute particulière de nous opposer à cette folle course à la guerre. Vous autres, Européens, avez aussi une responsabilité particulière […]Beaucoup de gens bien informés sont conscients des périls que la ligne Bush vous fait courir. Mais trop peu osent le dire ouvertement. On craint d'être étiqueté “anti-américain” […] En tant que puissance dominante à l'échelle mondiale, les Etats-Unis n'ont aucun mal à attirer les louanges des dévots qui incitent leurs dirigeants à employer toujours plus vigoureusement leur force militaire pour inculquer la vertu aux récalcitrants… Le sophisme fondamental de ceux qui font l'apologie de la guerre est de confondre les “valeurs américaines”, telles qu'elles sont comprises à l'intérieur du pays, et les effets de l'exercice du pouvoir économique et surtout militaire des Etats-Unis à l'étranger… La plupart des citoyens américains ne savent pas que les effets du pouvoir américain à l'étranger n'ont rien à voir avec les “valeurs” célébrées dans leur pays.

    » Depuis le 11 septembre, les Etats-Unis se sentent attaqués. En conséquence, leur gouvernement prétend avoir un “droit à l'autodéfense” qui l'autorise à mener la guerre comme il souhaite, contre tous pays qu'il désigne comme ennemi, sans preuve de culpabilité et sans base légale.

    » C'est seulement en étant solidaires des victimes de la domination américaine que nous, dans les pays riches, manifesterons les valeurs universelles que nous prétendons défendre. »

    C'est la voix de la morale contre la voix du mensonge officiel, la voix de l'homme contre la marche de l'Histoire.

    La première voix est impériale dans tous les sens du mot : le message est clair, le ton est rhétorique ; la pensée est absente, mais la logique est de fer. Chaque phrase est fausse dans ce texte. Pourtant, cette fausseté fait l'Histoire ; l'Histoire, pour ainsi dire, exige de l'homme et reçoit en soi, comme un dû, seulement sa raison absente. Les autres formes de l'esprit, celles qui sont réelles en l'homme lui-même, l'histoire n'en veut pas. C'est pourquoi la voix de la raison, de la valeur et de la sincérité, qui s'élève pour protester contre le pouvoir de la raison absente, reste suspendue dans l'air, en dehors de l'Histoire, plutôt comme cri que comme langage de l'esprit.

    Tout est beau dans cette voix. C'est beau, dans la vie et dans la littérature, quand le bon sens réagit contre le mensonge prétentieux ; c'est beau, parfois jusqu'aux larmes, lorsque les voix des citoyens s'accordent pour dénoncer la violence et l'injustice du pouvoir suprême de l'Etat. Seule la réalité est belle, ou encore les illusions nées directement des peurs et des souffrances, avant que les ambitions et les désirs ne les infiltrent. Mais alors, si la première voix représente l'histoire, et la deuxième voix la vie réelle de l'homme, cela veut-il dire que l'histoire n'a rien à voir avec la réalité ? Qu'elle est une sorte de fausse projection de l'homme ? Que l'homme vit dans une dimension et “fait” l'histoire dans une autre ? Peut-être que ces dimensions se croisent de temps en temps avec le fracas, la haine et la violence inévitables lors de la rencontre du néant et de la vie, notamment dans les désastres et les guerres, lorsque l'Histoire vient chercher l'homme qui sous-estime toujours sa propre raison absente, ou lorsque l'Homme lui-même se rue à l'Histoire, pour s'en débarrasser, ayant compris qu'elle est en train d'étouffer la vie, de devenir la vraie réalité ?

    * * *

    Dans le prestigieux New York Review of Books, au début de l'année 2002, est paru un article, signé par deux écrivains, sous le titre « Occidentalism ». Cet article a apporté à la propagande officielle une profondeur historique et morale. Ces idées — par les chemins secrets du pouvoir, ou par la force contagieuse de l'auto-illusion, — se sont transformées tout de suite en dogmes.

    Dans ce texte les attaques du 11 septembre sont mises dans le contexte d'une guerre éternelle que le Mal mène contre l'Occident qui résiste vaillamment tout en détestant la guerre et en offrant tout le temps à tout le monde sa main amicale. Le Japon, la Chine, la Russie, les pays du tiers monde, tous détestent l'Occident parce qu'ils lui envient ses valeurs. « Certains haïssent les USA parce qu'ils les ont aidés et certains parce qu'ils ne les ont pas aidés » (la possibilité que certains haïssent les USA parce qu'ils leur ont fait du mal ne peut même pas être évoquée). Les valeurs qui provoquent cette haine aveugle et éternelle sont représentées par quatre termes : la Cité, le Bourgeois, la Raison et le Féminisme.

    « Les ennemis de l'Occident aspirent à être des héros… Islamisme, nazisme, fascisme et communisme sont des idéologies de héros… Leur ennemi est le bourgeois paisible, l'habitant de la ville, qui s'occupe seulement de ses affaires, bref, le genre d'homme qui aurait pu travailler au World Trade Center… Le héros cherche la mort… Lorsque le mépris du bourgeois devient mépris de la vie, sachez que c'est l’Occident qu'on attaque… Depuis les temps anciens les femmes sont les donneuses et les gardiennes de la vie… A vrai dire, la sexualité féminine ouvertement exposée est une provocation, pas seulement pour les saints, mais pour tous les peuples oppressés dont la seule manière de s'exalter est de mourir pour une cause supérieure… »

    Ainsi donc le reste du monde a peur de la sexualité féminine et c'est pourquoi il s'attaque à l'Occident…

    Voilà une des raisons pour lesquelles il est impossible d'écrire sur la propagande officielle : elle est trop éloignée de la réalité, de la raison, de la langue humaine, c'est en dehors du champ des émotions possibles. Pour le faire, l'homme doit lui-même quitter la réalité, accepter de manier le non-sens, et se résigner finalement à l'échec émotionnel devant le terrible spectacle d’hommes ravagés par le mensonge : rien de plus dévastateur pour la conscience que de se sentir incapable de communiquer à l'autre conscience les évidences de base sur le monde commun.

     

    Le culte de la mort devrait expliquer les attaques suicides des islamistes. Ils aiment mourir en se jetant sur nous parce que nous aimons la vie. Ça n'a rien à voir avec la politique que notre gouvernement mène dans leurs pays. Ni le pétrole ni les intérêts de l'empire planétaire. Ils aiment la mort, c'est tout. Pourquoi ne pas faire une expérience ? Et si on leur donnait les B-52, les missiles et les autres armes qui nous permettent d'exterminer les autres avec l'amour de la vie, pour voir si vraiment ils sont différents de nous ? Qu'en dites-vous, continueront-ils à se suicider ou nous bombarderont-ils sans risque ?

    * * *

    En essayant de citer quelques exemples pour illustrer le mensonge officiel, je découvre un autre trait fascinant de ce phénomène. Son omniprésence, sa visibilité partout où le regard se tourne, servent comme bouclier contre chaque homme ou chaque pensée qui voudrait l'attaquer. Non pas en utilisant la force, mais, de la manière la plus paradoxale, en se servant de son omniprésence comme preuve de son inexistence. C'est la nature de ce qu'on appelle les lieux communs et le lieu commun est l'idéal visé par la propagande : se transformer et disparaître dans le lieu commun. Ceux qui s'y attaquent, invariablement tombent dans le vide. C'est sans doute la force de la banalité dont la grandeur proprement diabolique a été perçue depuis longtemps, probablement par Adam et Eve. Flaubert y voyait le noyau secret de la tragédie humaine. Mon ami Danilo Kis avait compris que la banalité est la seule idéologie totalitaire. Il faudrait ajouter, à la lumière de notre expérience actuelle, qu'elle s'épanouit avec beaucoup plus de force dans les sociétés dites “démocratiques” que ce n'était le cas avec le communisme ou le fascisme, ce qui lui permet d'être plus efficace avec des moyens moins ouvertement violents.

    Le mensonge fait le lien entre les puissants et les impuissants, entre les pauvres et les riches, entre les malhonnêtes et les honnêtes. Avec la crise de la société et de l'homme, le mensonge devient le seul moyen de garder l'apparence d'une vie sociale et la publicité le métier le plus important, tandis que tous les hommes se sentent une sorte d'obligation de le respecter comme le seul tabou vraiment sacré, excluant ceux qui s'y refusent comme de dangereux extrémistes.

    Il existe en France depuis une trentaine d'années un phénomène qu'on appelle “les nouveaux philosophes”. Il semble qu'au départ ce fut simplement un label publicitaire, mais, comme cela arrive, dans une époque où la publicité a remplacé les autres formes de vie de l'esprit, un label, appliqué à la plus sublime activité de la pensée, se transforma en une métaphore profonde. L'époque, la première de toute l'histoire, en effet avait donné naissance aux “nouveaux philosophes”. Comme il n'y en avait jamais eu.

    Ils étaient les premiers, je crois, à trouver une formule miraculeuse pour l'efficacité de la propagande postcommunisme : être toujours au pouvoir mais toujours avec l'air rebelle. Je crois que cette trouvaille fut un hasard, mais rapidement elle a donné naissance à la nouvelle science de manipuler les peuples : toujours développer ensemble, mais dans des sens contraires, ce qu'on veut et ce qu'on paraît. Plus on est avide de pouvoir en réalité, plus on doit fabriquer l'image du rebelle en apparence. Ce n'est pas de la ruse, ni l'art de réussir socialement. C'est une nécessité de la société et de l'époque : les pays occidentaux seront gouvernés dans les années quatre-vingt-dix par des agents de publicité. Ce sont eux qui mèneront les guerres. Même philosophiquement, cela a créé une expérience nouvelle : un rapport entre l'essence et l'apparence qui n'a pas été analysé, que je sache, dans l'histoire écrite.

    Ces opportunistes sont devenus les “hommes à tout faire” des nouveaux pouvoirs. Ils sont toujours là pour intervenir du côté des puissants, les critiquer parce qu'ils ne vont pas assez loin, parce qu'ils sont trop mous, trop honnêtes, trop démocrates. Les médias, l'immense machine publicitaire du pouvoir, les ont transformés en “conscience” du monde, en grands penseurs et encore plus grands écrivains, dangereusement indépendants, que seulement leur immense sens de la responsabilité pousse à se trouver toujours du côté du pouvoir.

    Grâce à son esprit indépendant, le gouvernement français envoya un nouveau philosophe en Afghanistan comme messager de la grande culture française, même si les B-52 continuaient à pilonner le pays avec audace. Le nouveau philosophe y a soutenu le nouveau président afghan, Karzaï, un petit agent américain dont la presse avait découvert, comme preuve de son progressisme, le goût immodéré pour les vêtements des grands couturiers et que le “tout” New York avait transformé en son “chouchou” pendant le bombardement de l'Afghanistan. La première action de ce souverain éclairé, lorsqu'il forma son gouvernement, fut de signer un accord avec les pays occidentaux dans lequel il est garanti qu'il ne peut y avoir de poursuites pour crimes de guerre contre leurs soldats. Cela donne une idée sur les lumières qu'ils ont apportées en Afghanistan. Le nouveau philosophe proclama Karzaï « porteur des lumières » pour le monde musulman. Il fit un discours, dans lequel il salua le courage du peuple de Kaboul qui avait résisté héroïquement à la dictature soviétique, à leur pluie de bombes et aux taliban avant de mériter la liberté apportée par les B-52. Il salua « en particulier les femmes » et rappela que le monde avait trop longtemps hésité avant de les libérer : « Nous vous devons beaucoup, car vous avez représenté un exemple pour le monde, bien avant que le monde ne songe à vous apporter ses lumières. » Porter la lumière, dans le langage soutenu des services secrets, veut dire travailler pour la CIA.

    Un autre nouveau philosophe, tout aussi révolté, fut comparé à Dostoïevski grâce à un livre qui mérite de rester dans l'histoire comme une parodie à la fois du cynisme et de la stupidité abyssale de la propagande officielle. Il développait la thèse selon laquelle le tiers monde, les tribus, les pauvres de la planète attaquent les pays riches en tant que nihilistes qui haïssent les peuples qui respectent les valeurs morales, citant en exemple les nihilistes palestiniens qui attaquent la démocratie israélienne.

    Il terminait son livre en appelant lui aussi les grandes démocraties à utiliser ou à soutenir les B-52 au nom des sourires des femmes afghanes.

    Je sais, dès qu'on sort un morceau de la propagande du contexte de l'immense campagne publicitaire qui le porte, on a l'impression d'une caricature. La propagande elle-même barre la route à toute critique par une astuce. Elle jongle avec les extrêmes : pendant qu'elle est agressive elle se présente comme d'une importance vitale pour chaque être vivant, mais dès que les affaires sont réglées on s'efforce de l'oublier totalement, en quelques heures il devient trop tard pour en parler, c'est inintéressant, c'est de mauvais goût, quoi qu'on puisse dire sur ce qui s'est passé et qui est déjà oublié, doit être exagéré. De cette façon sont commis les plus grands crimes de l'histoire.

    Les vainqueurs gardent le droit de faire oublier leurs propres crimes et obligent tout le monde à se souvenir des crimes, même inventés, de leurs ennemis. On purifie sans arrêt l'histoire par la propagande, comme on purifie sans arrêt la mémoire et la conscience individuelles. Ce jeu rend ridicule ce qui reste des plus grandes tragédies humaines, l'esclavage, le colonialisme, le fascisme, le communisme, l'holocauste, les camps de concentration — aucun mot ne dit ce qu'il devrait dire, aucune larme n'est versée pour qui elle devrait l'être, aucune rage n'atteint celui qu'elle cherche, la réalité est barrée par d'innombrables fausses pistes.

    * * *

    Je n'ai pas cité les noms des êtres qui développent la propagande officielle. Non pas par délicatesse, mais parce que les noms trompent, ce sont des noms de code. L'idée de combattre le mensonge officiel est loin de moi en ce moment, je cherche plutôt à rendre hommage à un ennemi fascinant, qui probablement ne peut être vaincu, si ce n'est par lui-même. La nature de cet ennemi est monstrueuse au sens strict de ce terme : il est composé de contradictions. La première étant qu'il est omniprésent et inexistant. Cette nature, parce qu'elle dépasse l'entendement humain, cache une immense question métaphysique. Peut-être est-ce pourquoi elle fascinait à ce point un esprit aussi supérieur que celui de Flaubert.

    Un monstre composé de contradictions, mais de contradictions qui se suivent dans une logique de fer, créant tout un univers parallèle à la vie, comme animé — même si dépourvu de vie  — par une ambition : remplacer la vie. Remplacer la vie par sa parodie. Créer des structures parallèles, cloner des êtres après avoir cloné des pensées et des émotions, un univers faux, mais tellement ressemblant au vrai, qu'il soit impossible de les séparer. Dans le cerveau et dans le cœur de ces êtres tout peut se passer comme dans la vie, les pensées, les images, les émotions, les souvenirs, tout y est, même la contradiction du monstre : rien, absolument rien ne se passe ni dans ces cerveaux ni dans ces cœurs. Une fantastique agitation de la mort, d'ailleurs toujours un peu plus grande que dans la vie... Des êtres étranges dans cet univers fascinant : usés et intacts, les plus grands criminels d'une innocence angélique, les destructeurs de la vie qui n'ont pas touché à la vie.

    Aucun homme ne pense ce qui est dit dans cette propagande. Ni l'intelligence ni la stupidité ne sont derrière ces phrases. Personne ne pense ce qui est pourtant le discours de tout le monde. D'où sa force diabolique : il peut être utilisé pour justifier des guerres terribles, pour la destruction du monde, et il est la cause directe de la destruction de l'homme moderne, mais chaque fois qu'on cherche à le combattre, la même chaîne humaine qui l'a construit démontrera qu'il s'agit d'un petit jeu social dont personne n'est responsable.

    Il n'y a pas d'être vivant responsable de cette propagande, mais il y a un monstre capable de porter ces crimes. Ses contours se dessinent devant nous si l'on essaie de composer un être, un seul, des débris humains qu'on a rencontrés tout au long de la chaîne du pouvoir : les militaires et les financiers, les hommes politiques, les intellectuels, les journalistes, les activistes humanitaires. Ce monstre fait de morceaux humains, de pièces d'armes, de regards sévères, de sourires gentils, de dents de crocodile, de la corne du rhinocéros, habillé par de grands couturiers et peint en or, ce monstre d'une obésité formidable mais toujours affamé, c'est lui qui réunit tous ces gens qui ne se connaissent pas même s'ils se doutent qu'ils travaillent pour le même maître, c'est lui qui écrit dans les journaux, qui parle à la télévision, qui promet et qui menace, qui caresse et qui tue, que chaque homme finit par imiter au moins en partie, dont l'illusion se nourrit de la vie.

    Il se peut aussi qu'une des sources de la force de la propagande soit dans la curiosité presque irrésistible qu'elle suscite. Elle est toujours très simple, toujours ridicule, toujours ennuyeuse, toujours répétitive, mais elle a une capacité à accrocher l'esprit toujours comme la première fois, de l'enflammer par la même énigme insoluble : d'où vient cette voix, qui sont ces hommes ?

    Le front d'une guerre d'horreur absolue passe par l'homme. Parfois au milieu de l'homme, parfois vers les dernières lignes de défense de son âme, parfois menée de loin, parfois dans les tranchées des dents à la gorge. Les images de cette guerre apparaissent sur nos visages, ses prouesses dans nos regards, ses causes aussi obscures et lointaines que les Commencements et les Fins donnent à notre comportement cette apparence irrationnelle. Aux moments où cette guerre devient particulièrement dramatique, l'homme donne l'impression d'être sous une charge électrique, comme si sa force vitale était testée. De tels moments, je suppose, donnent naissance à des hallucinations qu'on appelle, selon les époques, la guerre entre les ténèbres et la lumière, entre le Diable et le Dieu, entre le Virtuel et le Réel… Nous vivons peut-être la plus dramatique de ces guerres, parce que la ruse du monde virtuel, comme celle de son illustre Ancêtre, est de nous maintenir dans la conviction qu'il n'existe pas, que rien d'important ne se passe.

    Mais que la guerre se passe en l'homme lui-même, que l'enjeu en est la vie, ça, ce n'est pas une hallucination. Je suppose aussi que dans ces moments les plus dramatiques naît l'idée de l'apocalypse : en lui-même l'homme voit le bord de la vie, il sent une force qui le pousse vers le néant sans qu'il soit ni mort, ni malade, ni vieux. Il est retenu sur ce bord par le sentiment de culpabilité qui, étrangement, est devenu une sorte de tabou, de honte, de malédiction dans la société virtuelle. C'est ce sentiment qui ramène l'homme à la vie par une thérapie faite de torture et de peur. Dans la géographie de l'âme, ce sentiment monte la garde à un carrefour crucial, inoubliable, marqué à jamais dans toutes les grandes expériences spirituelles. Le sentiment le plus respecté et le plus décrié.

    Ainsi, autour du remord est menée la dernière bataille, la plus acharnée : tout l'horizon virtuel, la propagande officielle, toujours pleine d'amour et d'amitié, pousse l'homme à faire un dernier pas et tout sera fini, lui répète qu'il est innocent, qu'il peut continuer à danser parce que “quelqu'un” pense pour lui et s'occupe de tous les problèmes, pendant qu'un Perdant, déformé, sale, sourd-muet, magnifique et irrésistible, par son silence et son indifférence le rappelle à ses promesses trahies. Ce sont des images usées, mais elles parlent d'un drame terrible qui se déroule de temps en temps dans l'âme de l'Homme, lorsqu'il se trouve au bord de soi-même et au bord de la vie. La dimension morale du sentiment de culpabilité, si difficile et désagréable, n'est que le souvenir d'un mouvement surnaturel de l'esprit, qui sans aucun doute ne s'effectue nulle part ailleurs en dehors de l'âme humaine. C'est le moment où l'esprit revient dans le temps pour corriger les causes du mal. C'est le moment où l'Esprit se retourne sur lui-même, marche en sens inverse comme un guerrier fou mais invincible, fait face à la meute des illusions, provoque un vrai carnage partout sur sa route. C'est le point fondateur dans la vie de la psyché.

    L'interprétation morale appelle ce moment “le remords”, l'intuition poétique parle de l'Amour comme du fondement de la vie parce que ce qui se passe dans ce moment ressemble à un souvenir amoureux, à un sacrifice de soi-même au nom d'une fidélité insensée. La propagande en revanche décrit le remords comme un sentiment qui gâche la vie, le retour de l'esprit comme de l'obscurantisme, tandis que l'idée de l'amour est réinterprétée comme un jeu de mensonge et de plaisir, usé dans la propagande jusqu'au dégoût, pour qu'il finisse dans la corbeille du kitsch et du désespoir.

    Il y a un bon côté dans le fait qu'une guerre aussi terrible que celle entre l'illusion et la vie soit menée en nous-mêmes comme si elles n'avaient pas assez d'espace pour jouer ailleurs. Le bon côté est que celui qui gagne la guerre en lui-même aura sauvé le monde.

     

    [Tous les textes disponibles sur www.autodafe.org peuvent être librement reproduits et diffusés, à l'exclusion de toute publication sous forme de livre, revue ou journal et en dehors de tout usage commercial. — © Parlement international des écrivains.]

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  • DE PLUS EN PLUS DE MASSACRES DE CIVILS EN UKRAINE RUSSOPHONE

    DE PLUS EN PLUS DE MASSACRES DE CIVILS EN UKRAINE RUSSOPHONE… DANS L’INDIFFÉRENCE GÉNÉRALE DE L’« UNION EUROPÉENNE »

    6.000 morts civils en quatre mois, plus de 400.000 réfugiés et tout cela à seulement 3.217 km de Paris ! Ce scandale n’émeut pourtant personne en France, où la baisse du prix des fruits et légumes fait la Une des médias.

     

    Paris-Lougansk : 3217 km (source Google Maps)Paris-Lougansk : 3217 km (source Google Maps)

     

    A Lougansk, l’une des places refuges pour les pro-russes, assiégée et inaccessible à la presse, l’eau, l’électricité et les communications sont coupées depuis près de trois semaines. A Donetsk, qui comptait un million d’habitants avant le début du conflit à la mi-avril, les rues sont quasiment désertes. L’eau courante coupée entièrement dimanche a été rétablie dans certains quartiers, mais les approvisionnements les plus simples manquent depuis plusieurs semaines, sans mentionner les médicaments. Confrontés à cette situation, qui ne fait qu’empirer pour les civils, au moins 415.800 d’entre eux ont fui leur foyer, selon l’ONU qui a également fait état de plus de 2.000 morts en quatre mois. On estime que ce dernier chiffre est sous-estimé. Il faut compter vraisemblablement 6.000 morts, tous civils, hommes, mais aussi femmes, enfants, vieillards.

    Les États-Unis, qui sont derrière les massacres conduits par Kiev, se réjouissent de ces bons résultats. Des forces spéciales américaines sont sur place et s’entrainent à ce qui va devenir la principale préoccupation du Pentagone : la guerre dans les mégapoles [1]. Le New York Times n’en disait pas un mot hier soir, 21 août 2014 : le seul sujet est Ferguson.

    Les pays européens, en ce qui les concernent, affichent une parfaite indifférence. L’artillerie de Kiev pilonne les deux capitales russophones et de nombreuses autres, visant le plus souvent les immeubles habités. En d’autres temps et d’autres lieux, cela aurait été considéré comme de véritables crimes contre l’humanité, pour ne pas parler de génocide. Mais concernant Lougansk et à Donetsk c’est le silence qui prévaut. Même les Orangisations non gouvernementales comme Médecins sans frontières, habituellement si promptes à se mobiliser partout ailleurs, sont muettes ou à peu près.

    Sans commentaires. :-((

    Jean-Paul Baquiast

    Note

    [1] Gaza, Ukraine and US preparations for urban warfare (wsws.org, anglais, 14-08-2014)

    source

  • Et si la menace du retour des djihadistes n’avait pour but que de les maintenir « là-bas » ?

    Et si la menace du retour des djihadistes n’avait pour but que de les maintenir « là-bas » ?

    Et si la menace du retour des djihadistes n’avait pour but que de les maintenir « là-bas » ?

    Il y a eu toute une campagne en  , accompagnée de réunions de ministres de l’intérieur et de cris d’alarme portés par tous les ténors médiatiques, au sujet d’un éventuel retour des djihadistes déployés en Syrie. Des djihadistes pourtant entrainés par les services spéciaux de ces mêmes pays qui font mine de s’inquiéter de la malfaisance éventuelle de leurs protégés à leur retour au bercail. La dernière sonnette d’alarme nous vient cette fois du Maroc, la Marche du sud-ouest européen, Marche apparemment très poreuse du fait de la présence espagnole sur la côte africaine à Melilla et Ceuta. Les marocaines viennent d’avertir leurs homologues espagnols de l’arrivée de 3000 djihadistes marocains, apparemment fatigués de ‘’djihader’’ en Syrie, mais bien décidés à mettre le feu en  et en Occident, chez leurs instructeurs, en une sorte de retour aux « fondamentaux » qui veut que le seul, le vrai djihad qui vaille c’est celui contre l’Occident. Pourquoi ces campagnes successives ? Elles poursuivent au moins trois buts.

    • D’abord maintenir la terreur coûte que coûte. Ces djihadistes doivent toujours inspirer une crainte paralysant tout raisonnement. Le pourquoi du comment de leurs actes doit rester dans le domaine de l’irrationnel. Le seul mot de djihadiste (avec tous ses dérivés) doit nous maintenir en alerte et doit engager la mobilisation de toutes les forces dont dispose l’Etat pour prévenir toute action éventuelle, avec mise en place d’un dispositif ayant comme seul et unique but de surveiller tout le monde et de pouvoir tout neutraliser. Pour bien montrer que ce n’est pas de la rigolade, des menaces officielles venant de l’Etat-major djihadiste font régulièrement leur apparition dans les , à moins que ce ne soit des vétérans rentrés du djihad qui se font remarquer en attaquant quelques cibles médiatiquement sensibles avec, en guise de signature, leur fichier de  (ils sont toujours bien « connus de la  »), ou leur arsenal qu’ils ont passé au nez et à la barbe de la  des frontières et de douaniers « incompétents », mais repéré, après coup, par de super-douaniers ou policiers « hyper-compétents ».
    • La deuxième objectif est de montrer à tout instant que les djihadistes sont des ennemis et qu’il n’y a aucun lien entre eux et l’Occident. Un sacré numéro d’équilibriste, mais ça fonctionne. Après le démantèlement de la marque « Al Qaida » en menus morceaux recollés et reconfigurés en différentes factions gardant toujours la même mission, Ils sont arrivés à faire avaler, même aux plus vigilants, que telle branche ici combat pour la liberté et que telle autre branche à quelque kilomètre de là est un ramassis de voyous, malgré leur soutien financier direct (vote du Congrès pour le financement de Al Nosra et du DAECH), ou indirect via les pays du Golfe, et malgré le soutien logistique dont tout le monde sait qu’aucune armée ne saurait se passer. Si un combattant n’a besoin que de son arme pour se battre, un commandant (un général) a, comme seule arme, l’information, sans laquelle il est aveugle et ne saurait avoir de stratégie. Et tout le monde sait qui détient ces moyens d’information.
    • Le troisième objectif coule de source. Dans toute armée, le sort le plus cruel est réservé aux déserteurs. Ceux qui abandonnent le combat en cours de route, ont tout à redouter de leurs camarades et surtout de leurs supérieurs et de ceux pour lesquels ils se battent. Dans toute guerre, après l’enthousiasme de départ, la lassitude, la prise de conscience de certaines réalités, et la dureté des combats, font que certains combattants veulent laisser tomber. Seulement, aucun commandement ne peut voir ses troupes partir en lambeaux par désertion sans réagir de manière énergique. Pas de quartier pour les déserteurs. Vu l’ampleur de la campagne menée contre le retour des djihadistes (entendez leur désertion), attendus chez eux de pied ferme, on peut imaginer l’hécatombe sur le terrain provoqué par les exécutions des récalcitrants. Pour les djihadistes, l’heure de la démobilisation n’a pas encore sonné. Ceux qui réussissent à rentrer chez eux, et ils sont déjà connus de la police (ce n’est pas moi qui le dit…) ne peuvent le faire qu’en attente d’une mission ultérieure, mais cette fois en Europe. Djihadistes ils sont, djihadistes ils restent pour la vie, c’est-à-dire un outil dans quelque chose qui les dépasse.

    Alors, les 3000 djihadistes marocains, vraie ou fausse alerte ? Ici la vérité n’a pas d’importance. Ce qui est important, en revanche, c’est la diffusion de cette information. Pourquoi focaliser brusquement l’attention sur le Sud de l’ (Al Andalous, si vous voyez ce que je veux dire). Et l’on sait qu’avec 3000 combattants et un bon scénario on peut perturber tout un pays, voire l’annexer (si le scénariste est en forme). « Ils partirent trois mille et se virent cent mille en arrivant au port de Valence » ? Corneille nous a déjà fait le coup…

    Il semble que la menace que représente le DAECH doive monter d’un cran. Maintenant que les américains sont aux portes de la Syrie par l’Est (par pur hasard, en poursuivant le DAECH ?), ils cherchent tous les moyens pour légitimer (enfin) des frappes directes sur la Surie pour voler au secours de populations maltraitées par le califat de l’EI. Il se peut que l’annonce marocaine soit vraie, et que plusieurs déserteurs aient voulu rentrer chez eux. Un si grand nombre (3000) de djihadistes originaires de la même région abandonnant le combat en même temps suppose que des milliers, voire des dizaines de milliers de djihadistes provenant d’autres régions au Maroc et d’autres pays se sont éparpillés dans la nature dans les mêmes circonstances. C’est tout simplement difficile à imaginer que leurs collègues les laissent partir ainsi sans massacres. A moins que le « retour » des marocains ait été organisé pour en des raisons que nous ignorons.

    A priori, il n’y a aucune raison de créer des troubles dans le nord du Maroc ou le sud de l’Espagne.. Mais c’est ce qu’on disait aussi du  quand des djihadistes ont commencé à fuir la  pour atterrir au nord du pays. Ils y avaient vite déniché des mausolées à profaner. Espérons qu’en Espagne l’Alhambra ne les tentera pas trop.

    Avic – Réseau International

  • Le mensonge des frappes contre le califat...Une explication lucide...

     

    La résolution internationale de lutte contre l’EIIL : vérité ou duperie?

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    Al-Jaafari-resolution

    Ces derniers jours ont vu l’Occident camper deux positions à l’encontre de « Daech », le créateur du califat Islamique en Irak et en Syrie [EIIL] ; la première s’étant traduite par des frappes aériennes US sur le nord de l’Irak à la frontière du Kurdistan ; la seconde s’étant soldée par une résolution du Conseil de sécurité contre « Daech » et « Jabhat al-Nosra ».

    Certains pourraient expliquer ces prises de position par le fait que l’Occident aurait finalement décidé d’admettre la vérité et de s’attaquer sérieusement au terrorisme pratiqué par ces deux organisations. Est-ce le cas ?

    En réponse, nous disons qu’un dossier ne se lit pas en partant de la dernière page, voire de la dernière ligne, mais qu’il nous faut lier les choses les unes aux autres, respecter le passé pour comprendre le présent et prévoir l’avenir, et ramener le secondaire à l’essentiel pour en déduire le véritable objectif.

    Par conséquent, nous devons partir d’une vérité, reconnue par tous, qui se résume à dire que l’émergence de ces deux organisations terroristes est indissociable de l’Occident, de ses alliés et de ses instruments régionaux, étant donné qu’il est désormais incontestablement établi et largement documenté que la Turquie, l’Arabie saoudite et le Qatar sont les pays qui ont parrainé, financé, et couvé ces deux organisations dans l’espoir d’abattre l’État syrien et de l’extirper en tant que citadelle médiane de l’Axe de la Résistance, en prélude à l’anéantissement de l’ensemble des chainons de cet Axe, comme le voudrait le projet américano-sioniste. Autant de vérités démasquées qui ne peuvent même plus échapper aux gens ordinaires ou à ceux qui ne souhaitent pas faire l’effort de consacrer un peu de leur temps aux questions politiques et stratégiques.

    D’autre part et sur la base de preuves tangibles, il est évident que le lâchage de Daech sur la Syrie, et à partir de là sur l’Irak, est survenu :

    • en premier lieu dans un contexte que nous pouvons désigner par « la stratégie de l’ordre serré » contre l’Axe de la résistance ; ce qui nous rappelle l’opération adoptée par M. Bachir Gemayel pendant la guerre civile lorsqu’il a appelé à « l’unification de tous les fusils chrétiens », opération qui a conduit à la formation des « Forces Libanaises » et à son élection, en tant que leur commandant en chef, à la présidence de la République au cours de l’invasion israélienne du Liban en 1982 [1 ]
    • en second lieu dans le cadre de la mise en œuvre du nouveau plan US consistant à saigner l’Axe de la Résistance et à couper son cordon matériel avec la Résistance palestinienne à Gaza ; un plan que Daech s’est chargé d’exécuter en Irak, en Syrie, au Liban et qu’Israël s’est chargé d’exécuter à Gaza.

    C’est pourquoi, bien que certains pourraient penser que l’Occident refuse le comportement criminel de Daech et qu’il s’est effectivement décidé à le combattre autant par des frappes aériennes que par une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU, nous pensons qu’il serait prudent d’aller au-delà de l’arbre qui cache la forêt et, en l’occurrence, de nous méfier des pièges tendus par les Occidentaux. En effet :

    Les frappes aériennes US sur l’Irak :

    Nous ne croyons absolument pas que les frappes aériennes sur l’Irak aient été exécutées pour la sécurité et la souveraineté de l’Irak ou, comme le prétendent certains politiciens irakiens qui cherchent à les justifier, conformément au prétendu accord stratégique du dit « Contrat sécuritaire américano-irakien ». Si tel était le cas, les États-Unis auraient frappé au moment où les autorités irakiennes ont officiellement demandé leur aide pour contrer l’avancée de L’EIIL [2] au lendemain de la mise en scène de « l’invasion daéchienne de Mossoul » [3] ou, tout au moins, quand leurs satellites ont enregistré l’exécution de 1700 personnes dans Mossoul et ses environs, ou encore lorsqu’ils ont eu confirmation des actes génocidaires et crimes contre l’humanité commis par Daech contre les Yézidis à Sinjar et contre les chrétiens ou d’autres minorités tout autour de Mossoul. Mais rien de tout cela n’a eu lieu. En revanche, Obama a clairement déclaré que « les États-Unis ont un intérêt stratégique à arrêter les avancées de l’EIIL et qu’ils ne serviraient pas de forces aériennes aux chiites irakiens ou à toute autre faction » [4].

    C’est à la lumière de cette déclaration que nous devons interpréter les frappes aériennes en Irak. Nous n’irons pas jusqu’à dire que les États-Unis, qui ont créé et nourri l’organisation terroriste Al-Qaïda et ses diverses branches, se sont retournés contre leur créature en fin de parcours. Mais nous disons que c’est parce qu’ils ont vu leurs intérêts menacés par des « éléments indisciplinés » au sein de Daech, qu’ils ont lancé leur aviation pour à la fois :

    • punir les dévoyés et rappeler à Daech les limites politiques et terrestres fixées au préalable,
    • se disculper face aux accusations de nombre d’analystes et de chercheurs qui les jugent responsables du terrorisme de Daech,
    • s’assurer de l’intégrité des frontières du Kurdistan irakien qu’ils n’ont cessé d’utiliser contre notre région tel un poignard planté à mi-chemin entre indépendance inachevée vis-à-vis de l’Irak et rétablissement impossible de son lien organique avec l’État central irakien, d’où le nouveau concept d’« État quasi-indépendant » !

    Ceci sans omettre la possibilité pour les États-Unis de créer un précédent sur lequel ils pourraient s’appuyer, plus tard, pour justifier une intervention militaire en Syrie sous prétexte de frapper Daech, puis laisser la situation évoluer dans le sens souhaité sans avoir à se heurter à n’importe quel obstacle d’où qu’il vienne. C’est, à notre avis, la raison de l’adoption de la Résolution du Conseil de sécurité et c’est ce que nous nous proposons de démontrer.

    La résolution du Conseil de sécurité de l’ONU N° 2170 [5]

    Cette résolution -dont le projet a été soumis au Conseil de sécurité par l’Occident et sous la présidence de la Grande-Bretagne- aussi importante soit-elle d’un point de vue principiel, ne remédie en rien au problème. Certes, elle condamne Daech et Al-Nosra ainsi que tous ceux qui les soutiennent, invite à les combattre, appelle à l’interdiction de leur financement direct ou indirect, de leur armement, de leur acheminement, etc., mais une étude détaillée et approfondie nous fait penser à la fable de la montagne ayant accouché d’une souris !

    En effet, malgré son importance juridique, cette résolution est vide de tout processus opérationnel et de tout ce qui pourrait amener à demander des comptes aux États qui soutiennent Daech et facilitent ses opérations criminelles, alors que le monde entier est désormais au courant, tout du moins, du rôle joué par la Turquie, l’Arabie saoudite et le Qatar hier et aujourd’hui.

    À cela, il nous faut ajouter, l’irritation manifeste du président britannique de la séance du Conseil de sécurité devant les interventions des délégués de la Syrie [6] et de l’Irak, irritation interprétée comme un refus de permettre le moindre éclairage sur les lacunes de la résolution et ce qu’elle pouvait dissimuler.

    C’est pourquoi et en dépit de tout ce qui a été dit à propos de cette résolution, nous pensons que son seul point positif est la reconnaissance unanime, par tous les membres du Conseil de sécurité, de la véracité des déclarations antérieures de la Syrie quant au caractère terroriste des deux organisations précitées. Ce qui implique que la Syrie subit une agression étrangère terroriste et non une révolution populaire, comme certains États membres de ce même Conseil de sécurité continuent de prétendre !

    Mis à part ce constat, nous ne voyons dans cette résolution rien qui puisse donner satisfaction ou inspirer un sérieux espoir quant à la volonté de l’Occident de lutter contre le terrorisme. À ce propos, nous profitons de cette occasion pour poser quelques questions à ceux qui ont été les inspirateurs du projet de cette résolution et qui ont poussé à son adoption, donc aux États-Unis et à la Grande-Bretagne en particulier :

    1. Pourquoi Abou Bakr al-Baghdadi et ses 12 collaborateurs immédiats ne figurent-ils pas sur la liste du terrorisme international ? Pourquoi n’a-t-on pas gelé leurs avoirs ? Pourquoi n’ont-ils pas été déférés devant la Cour pénale internationale par décision du Conseil de sécurité ? Cette dernière décision aurait-elle été compromettante pour les fonctionnaires US photographiés en compagnie d’Al-Baghdadi et d’autres ?

    2. Qui fournit à Daech les cartes détaillées des territoires syrien et irakien ? Qui précise à Daech les points forts de la structure défensive à éviter et les points faibles à infiltrer dans ces deux pays ? Qui planifie les invasions de Daech en fonction de ces renseignements ? N’est-ce pas les forces qui possèdent des satellites braqués sur la région et les agences de renseignement internationales, notamment celles des États-Unis et de l’OTAN ?

    3. La Turquie, membre de l’OTAN, n’est-elle pas le seul pays à travers lequel transite le pétrole volé, en Syrie et en Irak, pour être vendu sur le marché international et notamment à l’Europe ; ce qui rapporterait à Daech trois millions de dollars par jour ? Pourquoi ne pas prendre des mesures radicales contre la Turquie pour arrêter cela ?

    4. La Turquie n’est-elle pas désormais le principal point de passage des terroristes de Daech vers la Syrie et l’Irak ? Pourquoi ne pas leur interdire ses ports et aéroports ? Pourquoi ne lui adresse-t-on pas un simple blâme ?

    5. N’est-il pas notoirement établi que le Qatar, l’Arabie saoudite et d’autres États du Golfe financent en permanence ces deux organisations terroristes qui ont justement adopté l’idéologie du wahhabisme allié aux USA ? [7].

    Beaucoup de questions à poser avec à chaque fois des réponses qui indiquent que si l’Occident en général et l’Amérique en particulier avaient sérieusement voulu combattre le terrorisme de Daech et de Jabhat al-Nosra, ils auraient pu tarir les sources de leur force en quelques mois, si bien que nous n’aurions même pas besoin d’une quelconque résolution du Conseil de sécurité de l’ONU. Les États-Unis et leurs alliés dans l’OTAN ainsi que les états régionaux, qui leur sont inféodés, en seraient capables à partir du moment où ils le décideraient. Mais la décision devrait venir des USA et elle ne viendra pas, car les États-Unis voit toujours dans le terrorisme, et ses bandes armées, son « armée secrète » qui lui permet d’atteindre des objectifs que son armée conventionnelle est incapable d’atteindre !

    Finalement, la résolution 2170 s’explique par le fait que l’Occident, qui porte la responsabilité physique et morale des crimes de Daech et de Jabhat al-Nosra, a cherché à se disculper de son propre crime en le niant, tout en créant un précédent qui justifierait des frappes aériennes US sur le territoire syrien sous couvert de la guerre contre Daech… et c’est contre cela que nous devons prévenir !

     Dr Amin Hoteit

    18/08/2014

     

    Source : Al-Thawra, al Wehda [Syrie]

    http://thawra.alwehda.gov.sy/_print_veiw.asp?FileName=9743819720140818002513

    Article traduit de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal pour Mondialisation.ca

     

    Notes :

    [1] Opération Paix en Galilée ou Invasion du Liban de 1982 : Le 6 Juin 1982, l’armée israélienne envahit le sud du Liban, officiellement dans le but de faire cesser les attaques palestiniennes de l’OLP lancées depuis le Liban…

    [2] L’Irak demande aux États-Unis d’intervenir contre les djihadistes

    http://www.lesoir.be/576062/article/actualite/monde/2014-06-18/l-irak-demande-aux-etats-unis-d-intervenir-contre-djihadistes

    [3] Quels sont les buts de la mise en scène de l’invasion de l’Irak par l’EIIL?

    http://www.mondialisation.ca/quels-sont-les-buts-de-la-mise-en-scene-de-linvasion-de-lirak-par-leiil/5389190

    [4] Obama Vows To Continue Iraq Air Strikes ‘If Necessary’

    http://www.defensenews.com/article/20140809/DEFREG04/308090014/Obama-Vows-Continue-Iraq-Air-Strikes-Necessary-

    [5] La résolution N°2170 : le conseil de sécurité adopte à l’unanimité une résolution sur l’interdiction de tout support à “l’EIIL” et au “front Nosra”

    http://www.sana.sy/fr/?p=8681

    [6] Vidéo : Intervention du Dr Bachar al-Jaafari, délégué permanent de la Syrie auprès des Nations Unies, suite à l’adoption de la résolution 2170

    https://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=s4IzgpvOetw

    [7] US Sponsored “Islamic Fundamentalism”: The Roots of the US-Wahhabi Alliance

    http://www.globalresearch.ca/us-sponsored-islamic-fundamentalism-the-roots-of-the-us-wahhabi-alliance/5303558

     

    Le Docteur Amin Hoteit est libanais, analyste politique, expert en stratégie militaire, et Général de brigade à la retraite.