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  • Mélodie du vieux couple.

  • Les menteurs devant la réalité....L'apatride carlos en action.

    Chine

    Renault fera construire ses voitures électriques en Chine

    Économiejeudi 16 février 2012

    Le « Made in France » s’éloigne davantage encore. Le constructeur français compte produire des véhicules électriques en Chine, à partir de 2014. Une annonce qui arrive une semaine après l’inauguration de son usine à Tanger, au Maroc.

    La Chine représente le premier marché automobile mondial. Une aubaine pour Renault qui a donc décidé de s’y installer. Selon la presse, le constructeur français pourrait s’implanter à Wuhan, dans le centre du pays.

    La raison ? Le chinois Dongfeng y a une usine, et collabore déjà avec Nissan. En effet, pour s’installer en Chine, les constructeurs étrangers doivent collaborer avec des entreprises locales. L’autre condition est d’apporter certaines innovations.

     

    source

  • Les grecs sous le joug des bancocrates !

    Greek crisis

     
    Hôpital - Athènes 16/02/2012 "Nous ne sommes plus payés - nous avons faim    

    « Qui est ce Monsieur Schäuble qui humilie la Grèce ? »

     Sommes nous en train de basculer dans nos représentations ? Allons-nous tout droit vers les derniers retranchements de la stratégie du choc ? La bancocratie serait-elle alors bancale, y compris dans sa gérance  ? Ce matin je rencontre Pétros, petit commerçant. Je le connais un peu, il a toujours voté à droite, sans plus. C'est à dire, il préférait mieux suivre les matchs de football plutôt que la politique, un gentil monsieur comme on dit, ayant conservé à peu près sa petite place gentille, au sein du rang social. Eh bien, ce matin je l'ai vu métamorphosé.
    «Ce n'est pas une affaire de droite ou de gauche, nous sommes sous occupation allemande et de Bruxelles, donc il faut s'en sortir du bourbier, quitter la zone euro et l'Union Européenne simultanément, alors après, dans la souffrance, nous irons organiser nos affaires, Samaras [chef de la droite] est fichu, seulement je voudrais voir nos militaires plus actifs... ». Donc pour un gentil... le parcours est long, finalement deux années Mémorandiennes, c'est comme deux ans sur le front de l'Est, les mentalités subissent alors un formatage complet pour ensuite recevoir un nouveau système d'exploitation. Sauf que ce n'est pas forcement celui imposé par les banquiers.

    D'où l'empressement des tenants des... titres, en finir avec la Grèce et vite. Ils enragent, ils dépassent toute limite, tels les eurocrates lors du dernier Eurogroup. Ces gens ont exigé de l'ensemble des formations politiques de notre baronnie, l'acceptation de la pendaison imposée par le Mémorandum II, et ceci indépendamment des résultats des prochaines élections. Par exemple, les parties de gauche bien de chez nous, P.C. compris, doivent s'aligner. Je crois finalement que tous les gouvernements de l'Eurozonage depuis bien des années, s'alignent sur la bancocratie, mais sans trop le crier sur les toits, surtout pendant les périodes électorales, c'est à méditer, non ? Ou sinon, on nous « incite » à mettre en place un gouvernement « technocrate », qui gouvernera « sérieusement » sans être entravé par quelconques résultats électoraux.
    Quartiers chics - cylindrées allemandes et immatriculations bulgares
    Même notre président, si « mou » jusqu'à présent, Karolos Papoulias, a accusé hier le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, d'avoir insulté notre pays. « Naturalisation » un peu tardive chez nos indignés, mais passons. Car Karolos Papoulias laissant par ailleurs entendre que la Grèce pourrait faire faillite, a par la même occasion vivement critiqué les attaques lancées contre nous par certains « Euro-partenaires » comme les Pays-Bas et la Finlande. « Je ne peux pas accepter que M. Schäuble insulte mon pays », a déclaré notre président et ancien résistant contre la précédente occupation durant la Seconde Guerre mondiale. « Qui est ce Monsieur Schäuble qui humilie la Grèce ? Qui sont ces Néerlandais? Qui sont ces Finlandais? Nous, nous avons fait la guerre [en 1940], non seulement pour la Grèce mais aussi pour [la liberté de] toute l'Europe», s'est-il insurgé, au cours d'un discours prononcé au ministère de la Défense....

    Le ministre fédéral des Finances, Wolfgang Schäuble, n'a pas réagi ouvertement, pour l'instant en tout cas (jeudi midi), également pour des raisons de protocole, notre vieux Papoulias demeure officiellement un chef d'État (bon rigolons un peu, là c'est permis). Les médias grecs ce jeudi, se disent informés d'une réaction allemande officieuse, « nous ne comprenons pas ces déclarations sur M. Schäuble, nous, nous voulons aider la Grèce ».

    Seulement, nous réalisons de mieux en mieux les mécanismes de « l'aide » allemande. Selon notre hebdomadaire satyrique « To Pontiki » (09/02/2012), certains cercles d'universitaires, d'entrepreneurs et de penseurs, se rendent assez souvent à l'Ambassade de l'Allemagne, pour ainsi « préparer », l'avenir du pays. Les prochains « technocrates » peut-être ? Alors vivons-nous un retour à la diplomatie d'Otto Abetz ? Le journaliste anti-Mémorandiste, Georges Trangas, derrière le micro de Real Fm hier mercredi, a prétendu qu'un de ses amis, un entrepreneur justement, l'aurait mis en garde : « Fais gaffe, les Allemands te cherchent, toi et ta famille, déjà ils mettent la pression pour te faire éjecter de cette radio ». Poursuivant dans cette voie, et je le vois venir, on entendra des déclarations du genre « Alors Monsieur Schäuble, voulez-vous la guerre totale ? », et plus personne ne trouvera l'anachronisme si drôle...

    Dans un café du centre, des médecins du privé discutent entre eux. Après avoir liquidé rapidement les cancers au colon de leurs patients « condamnés », ils reviennent sur nos grandes pathologies. « Je crains que les dissidents à droite montent un nouveau parti, contre le Mémorendum, si il y a jonction avec la gauche, alors c'est fichu les gars, en tout cas le Mémorendiens exagèrent, je vois les nouvelles dispositions sur notre activité, ce n'est pas constitutionnel, nous ne pouvons plus travailler, nous porterons alors plainte, encore un peu, et ces gens de la gauche nous emmèneront tout droit, hors de l'Union Européenne... Après tout, [nous] les Grecs, le jour où nous réussirons à lire correctement le mot géopolitique, eh bien, nous tiendrons presque en autonomie, en ménageant les uns et les autres, pas en se faisant bouffer... ». « Dites, vous partez au ski en Autriche cet hiver ? » « Tu rigoles, c'est terminé tout cela, mais nous allons plus souvent au théâtre, puisque nous ne voyageons plus »  « Tiens, avez-vous vu que ceux de Bruxelles demandent aux communistes et aux autres de la gauche l'alignement sur le Mémorandum, ils sont fous, ils ont perdu toute conscience ou quoi ? »
    Athènes 15/02/2012 - "On joue aux cartes, misant les derniers euros"
    Cette semaine encore, des universités ont reporté certaines épreuves sur table à cause du manque de papier, plus de budget pour les feuilles d'examen. L'organisme national du logis ouvrier, a été supprimé, et deux de ses agents ont failli se jeter du quatrième étage, pompiers et policiers ont évité de justesse le double suicide. Tandis que certaines ambassades dressent les listes de leurs citoyens en Grèce au cas où (évacuations d'urgence), et préviennent des risques de pénurie en alimentaire et en carburant (hebdomadaire Epikaira – 09/02/2012), nos écoles ferment assez souvent pour quelques jours, car sans chauffage... Hérodote passe mal !

    Les mémorialistes des siècles suivants, devront alors se souvenir de nos vieilles rues, on y joue aux cartes, misant les derniers euros pendant que Yorgos sous une pluie fine se protège comme il peut dans sa couverture. Ni domicile fixe, ni dignité ("fixe") alors ? « Je veux un travail ». Dans les quartiers aisés les immatriculations bulgares évitant aux propriétaires bien de chez nous, les nouvelles taxes sur les grosses cylindrées, allemandes le plus souvent, se multiplient; donc les gens aisés ont toujours une longueur d'avance sur les pauvres, surtout et y compris dans la "construction Européenne" !

    Yorgos - Athènes 16/02/2012 - "Je veux un travail"

    source



    http://greekcrisisnow.blogspot.com/2012/02/qui-est-ce-monsieur-schauble-qui-ose.html#more

  • A lire pour expliquer, ou pas, la folie du monde !

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    Carlos affirmait que les êtres humains sont les otages d’un groupe d’entités cosmiques qui se dédient à la prédation et que les sorciers appellent “les Flyers”.

    Il déclara que ce sujet avait été tenu secret par les anciens voyants, mais que suite à un présage, il avait décidé qu’il était temps de le révéler. Ce présage était une photographie que son ami Tony, un chrétien bouddhiste, avait prise. Sur cette photo apparaissait nettement l’image d’un être obscur et menaçant, flottant au-dessus d’une multitude de fidèles réunis sur le site des pyramides de Teotihuacan…
    Lorsque j’en eus l’opportunité, je lui demandai de m’en dire un plus à propos des “Flyers”, et il me raconta l’un des aspects les plus terrifiants du monde de don Juan : nous sommes prisonniers d’êtres venus des confins de l’Univers, qui nous utilisent comme nous utilisons des poulets.
    Carlos expliqua : « La portion de l’Univers qui nous est accessible est le champ opérationnel de deux formes de conscience radicalement différentes.
    Celle qui inclut les plantes, les animaux et aussi les êtres humains, est une conscience blanchâtre, jeune et génératrice d’énergie. L’autre est une conscience infiniment plus ancienne et parasite, possédant une quantité énorme de connaissance.
    En plus des hommes et des autres êtres qui habitent cette Terre, il y a dans l’Univers une immense gamme d’entités inorganiques. Elles sont présentes parmi nous, et à certains moments sont visibles. Nous les appelons fantômes ou apparitions.
    L’une de ces espèces, que les voyants décrivent comme d’énormes silhouettes volantes de couleur noire, arriva un jour de la profondeur du Cosmos et rencontra une oasis de conscience sur notre planète. Elles se sont spécialisées dans la “traite” des êtres humains.
    - C’est incroyable ! m’exclamai-je.
    - Je sais, mais c’est la plus pure et la plus terrifiante vérité ! Ne t’es-tu jamais questionné sur les hauts et les bas émotionnels énergétiques des gens ? Ce sont les prédateurs qui viennent périodiquement prélever leur quota de conscience. Ils nous laissent juste ce qu’il faut pour que nous puissions continuer à vivre, et parfois même pas ça.
    - Que voulez-vous dire ?
    Parfois ils prennent trop et la personne tombe gravement malade, et peut même en mourir.
    Je n’arrivais pas à croire ce que j’entendais.
    - Voulez vous dire par là que nous sommes dévorés vivants ?
    Carlos sourit.
    - Bon, ils ne nous “mangent” pas littéralement, ce qu’ils font c’est un transfert vibratoire. La conscience est énergie et ils peuvent s’aligner avec nous. Puisque par nature ils sont perpétuellement affamés et que nous, en revanche, exsudons de la lumière, le résultat de cet alignement peut être décrit comme une prédation énergétique.
    - Mais, pourquoi font-ils cela ?
    - Parce que sur le plan cosmique, l’énergie est la devise la plus forte, nous la recherchons tous, et les humains sont une race vitale, riche en aliments. Chaque chose vivante en mange une autre et c’est toujours le plus puissant qui gagne. Qui a dit que l’homme était au sommet de la chaîne alimentaire ? Cette vision ne peut venir que d’un être humain. Pour les êtres inorganiques, nous sommes des proies.
    Je commentai qu’il m’était inconcevable d’accepter que des entités, même plus conscientes que nous, parviennent à un tel degré de prédation
    Il répliqua :
    - Mais qu’est-ce que tu crois que tu fais quand tu manges une laitue ou un beefsteak ? Tu manges de la vie ! Ta sensibilité est hypocrite. Les prédateurs cosmiques ne sont ni plus ni moins cruels que nous. Lorsqu’une race plus forte en consomme une autre, inférieure, elle aide à ce que son énergie évolue. Je t’ai déjà dit que dans l’Univers il n’y avait que la guerre. Les confrontations entre êtres humains ne sont qu’un reflet de ce qui se passe là, dehors. Il est normal qu’une espèce cherche à en consommer une autre. Un guerrier ne se lamente pas à ce sujet, il essaie de survivre.
    - Et comment nous consomment-ils ?
    - Au travers de nos émotions, incessamment occasionnées par notre dialogue intérieur. Ils ont dessiné l’environnement social de telle façon que nous sommes en permanence en train de projeter des ondes d’émotions qui sont immédiatement absorbées. Ce qu’ils aiment par-dessus tout, ce sont les attaques de l’ego ; pour eux c’est une bouchée exquise. De telles émotions sont identiques en n’importe quel endroit de l’Univers où ils sont présents et ils ont appris à les métaboliser.
    Certains nous consomment pour notre luxure, notre peur ou notre colère ; d’autres préfèrent les sentiments plus délicats, comme l’amour et la tendresse. Mais tous sont intéressés par la même chose. Leur voie d’attaque normale est la tête, le cœur ou le ventre, là où nous emmagasinons la plus grande partie de notre énergie.
    - S’attaquent-ils aussi aux animaux ?
    - Ces êtres utilisent tout ce qui est disponible, mais ils préfèrent la conscience organisée. Ils drainent les animaux et les plantes dans la partie de leur attention qui n’est pas trop fixée. Ils attaquent aussi la plupart des êtres inorganiques, sauf que ceux-ci les voient et les esquivent comme nous faisons avec les moustiques. Les seuls qui tombent totalement dans leur piège sont les être humains !
    - Comment est-il possible que tout cela se passe sans que nous ne nous en rendions compte ?
    - Parce que nous héritons de cet échange avec ces êtres comme s’il s’agissait d’une condition génétique, et cela nous semble naturel. Lorsque quelqu’un naît, la mère l’offre en nourriture sans même s’en rendre compte, car son esprit est lui aussi contrôlé. Baptiser l’enfant, c’est comme signer un contrat. Dès ce moment, la mère s’efforce de lui inculquer des modes de conduite acceptables ; elle l’apprivoise, réduit son côté guerrier et le convertit en une brebis docile.
    Lorsqu’un enfant a suffisamment d’énergie pour rejeter cette imposition, mais pas assez pour entrer sur le chemin du guerrier, il devient un rebelle ou un délinquant. L’avantage des “Flyers” provient de la différence entre nos niveaux de conscience. Ce sont des entités très vastes et puissantes ; l’idée que nous avons d’eux est équivalente à celle qu’une fourmi peut avoir d’un être humain.
    Cependant leur présence est douloureuse et peut se mesurer de différentes manières. Par exemple, lorsque nous faisons face à des attaques de rationalité ou de méfiance, ou quand nous sommes tentés de violer nos propres décisions. Les fous peuvent les détecter très facilement, trop facilement dirais-je, parce qu’ils sentent physiquement comment ces êtres se posent sur leurs épaules, générant des paranoïas. Le suicide est le sceau des “Flyers”, car leur esprit est potentiellement homicide.
    - Vous avez dit qu’il s’agissait d’un échange, mais que gagnons-nous d’un tel pillage ?
    - En échange de notre énergie, les “Flyers” nous ont donné notre mental, nos attachements et notre ego. Pour eux, nous ne sommes pas des esclaves mais une espèce d’ouvriers salariés. Ils accordèrent ces privilèges à une race primitive et lui donnèrent la faculté de penser, laquelle nous fit évoluer. En fait ils nous ont civilisés. Sans cela, nous serions encore cachés dans des grottes ou en train de faire des nids au sommet des arbres.
    Les “Flyers” nous contrôlent au travers de nos traditions et de nos coutumes. Ils sont les maîtres de la religion, les créateurs de l’Histoire. Nous écoutons leur voix à la radio et nous lisons leurs idées dans les journaux. Ils dirigent tous nos moyens d’information et nos systèmes de croyance. Leur stratégie est magnifique. Par exemple, il exista un jour un honnête homme qui parla d’amour et de liberté ; ils le transformèrent en auto-compassion et en servilité. Ils le font avec tout le monde, même avec les Naguals. C’est pour cette raison que le travail d’un sorcier est solitaire.
    Durant des millénaires, les “Flyers” ont concocté des plans pour nous collectiviser. Il y eut une époque où ils furent tellement effrontés qu’ils étaient même vus en public, et les gens en firent des représentations de pierre. Ces temps étaient obscurs, ils pullulaient partout. Mais à présent leur stratégie est devenue tellement subtile que nous ne savons même plus qu’ils existent.
    Dans le passé, ils nous tenaient par notre crédulité, aujourd’hui ils y parviennent par le matérialisme. Ils sont responsables de l’ambition de l’homme moderne à ne plus penser par lui-même. Observe juste combien de temps une personne pourra tolérer le silence ! Pourquoi ont-ils changé leur stratégie ?
    Parce qu’en ce moment, ils sont en train de courir un grand risque. L’humanité est en contact constamment et rapidement, et l’information peut atteindre tout le monde.
    Ou ils nous remplissent la tête et nous bombardent jour et nuit de tous types de suggestions, ou certains commenceront à réaliser ce qui se passe et avertiront les autres.
    Que se passerait-il si nous parvenions à repousser ces entités ?
    Nous récupérerions en une semaine toute notre vitalité et nous serions à nouveau brillants ! Mais, en tant qu’êtres humains ordinaires, nous ne pouvons envisager cette possibilité parce qu’elle impliquerait que nous allions contre tout ce qui est socialement acceptable. Fort heureusement, les sorciers ont une arme redoutable : la discipline.
    La rencontre avec les êtres inorganiques est graduelle. Au début nous ne les remarquons pas. Mais un apprenti commence à les voir dans ses rêves, puis à l’état de veille, chose qui peut le rendre fou s’il n’apprend pas à vivre comme un guerrier. Une fois qu’il a compris, il peut les affronter. Les sorciers manipulent l’esprit étranger en devenant des chasseurs d’énergie. C’est à cette fin que mes cohortes et moi-même avons dessiné les exercices de tenségrité, qui ont la vertu de nous libérer de l’esprit des “Flyers”.
    Ainsi, les sorciers sont des opportunistes. Ils profitent de l’impulsion qu’ils leur donnèrent et disent à leurs prédateurs : « Merci pour tout, à plus ! L’accord que vous avez fait était avec mes ancêtres, pas avec moi. » En récapitulant leur vie, ils ôtent littéralement le pain de la bouche des prédateurs. C’est comme si nous allions au magasin après un achat pour rendre la marchandise en disant qu’il faut qu’on nous rende notre argent ! Les êtres inorganiques n’aiment pas cela mais ils ne peuvent rien y faire.
    Notre avantage est que nous sommes remplaçables, il y a plein de nourriture partout ! Un état d’être d’alerte totale, qui n’est pas autre chose que la discipline, crée des conditions telles dans notre attention que nous cessons d’être savoureux pour ces êtres. Et dans ce cas, ils font demi-tour et nous laissent en paix.. »
     
    Extrait de “Rencontres avec le Nagual” (Conversations avec Carlos Castaneda d’ Armando Torres)
  • L’homme moderne a du mal à penser le développement et la modernisation en termes d’abaissement plutôt que d’accroissement de la consommation d’énergie

    vu sur le site "nos libertés"

    Par Siméon, pour “Nos Libertés”, le 11 février 2012.

    Ivan Illich (1926 - 2002), philosophe d’origine autrichienne, a publié dans les années soixante-dix une série d’ouvrages remarquables sur l’impasse actuelle de la société industrielle. L’un des plus connus “La Convivialité” (1973) part du principe que les humains doivent reprendre la main sur les outils qui les ont transformés en esclaves mécaniques, s’ils veulent un jour connaître la société de la convivialité, autrement dit une société à dimension humaine.

    Extraits :

    “Nous sommes tellement déformés par les habitudes industrielles que nous n’osons plus envisager le champ des possibles. Pour nous, renoncer à la production de masse, cela veut dire retourner aux chaînes du passé, ou reprendre l’utopie du bon sauvage. Si nous voulons élargir notre angle de vision aux dimensions du réel, il nous faut reconnaître qu’il existe non pas une façon d’utiliser les découvertes scientifiques, mais au moins deux, qui sont antinomiques. Il y a un usage de la découverte qui conduit à la spécialisation des tâches, à l’institutionnalisation des valeurs, à la centralisation du pouvoir. L’homme devient l’accessoire de la méga-machine, un rouage de la bureaucratie. Mais il existe une seconde façon de faire fructifier l’invention, qui accroît le pouvoir et le savoir de chacun, lui permet d’exercer sa créativité, à seule charge de ne pas empiéter sur ce même pouvoir chez autrui.”

    […]

    “Si nous voulons pouvoir dire quelque chose du monde futur, dessiner les contours théoriques d’une société à venir qui ne soit pas hyperindustrielle, il nous faut reconnaître l’existence d’échelles et de limites naturelles. L’équilibre de la vie se déploie dans plusieurs dimensions ; fragile et complexe, il ne transgresse pas certaines bornes. Il y a certains seuils à ne pas franchir. Il nous faut reconnaître que l’esclavage humain n’a pas été aboli par la machine, mais en a reçu figure nouvelle. Passé un certain seuil l’outil, de serviteur, devient despote. Passé un certain seuil, la société devient une école, un hôpital, une prison. Alors commence le grand enfermement.”

    […]

    “J’appelle « société conviviale » une société où l’outil moderne est au service de la personne intégrée à la collectivité, et non au service d’un corps de spécialistes. Convivial est la société où l’homme contrôle l’outil.”

    […]

    “Dans un certain sens, c’est l’industrialisation, plus que l’homme, qui a profité des progrès de la médecine : les gens sont devenus capables de travailler plus régulièrement dans des conditions plus déshumanisantes. Pour cacher le caractère profondément destructeur du nouvel outillage, du travail à la chaîne et du règne de la voiture, on a monté en épingle des traitements spectaculaires appliqués aux victimes de l’agression industrielle sous toutes ses formes : vitesse, tension nerveuse, empoisonnement du milieu. Le médecin s’est transformé en mage, ayant seul le pouvoir de faire des miracles qui exorcisent la peur engendrée par la survie dans un monde devenu menaçant.”


    Image ajoutée par “Nos Libertés”

    […]

    Il n’est pas question de proscrire un outil du seul fait que, selon l’un de nos critères de classification, nous pouvons le dire anticonvivial. Ces critères sont des guides pour l’action. Une société peut s’en servir pour restructurer la totalité de son outillage, en fonction du style et du degré de convivialité qu’elle désire. Une société conviviale n’interdit pas l’école. Elle proscrit le système scolaire perverti en outil obligatoire, fondé sur la ségrégation et le rejet des recalés. Une société conviviale ne supprime les transports interurbains à grande vitesse que si leur existence empêche de garantir à l’ensemble de la population la possibilité de circuler à la vitesse et au rythme souhaités. Une société conviviale n’est même pas tenue de refuser la télévision, bien que celle-ci laisse à la discrétion de quelques producteurs et beaux parleurs le soin de choisir et de fabriquer ce qu’on fera « avaler » à la masse des téléspectateurs, mais une telle société doit protéger la personne contre l’obligation de se transformer en voyeur. On le voit, les critères de la convivialité ne sont pas des règles à appliquer mécaniquement, ce sont des indicateurs de l’action politique, qui concernent ce qu’il faut éviter. Critères de détection d’une menace, ils permettent à chacun de faire valoir sa propre liberté.

    Dans le temps présent, les critères institutionnels de l’action humaine sont à l’opposé des nôtres, y compris dans les sociétés marxistes où la classe des travailleurs se croit au pouvoir. Le planificateur socialiste rivalise avec le chantre de la libre entreprise, pour démontrer que ses principes assurent à une société le maximum de productivité. La politique économique socialiste se définit bien souvent par le souci d’accroître la productivité industrielle de tout pays socialiste. Le monopole de l’interprétation industrielle du marxisme sert de barrage et de moyen de chantage contre toute forme de marxisme hétérodoxe. […] Une société où la plupart des gens dépendent, quant aux biens et aux services qu’ils reçoivent, des qualités d’imagination, d’amour et d’habileté de chacun, est de la sorte considérée comme sous-développée. En retour, une société où la vie quotidienne n’est plus qu’une suite de commandes sur le catalogue du grand magasin universel est tenue pour avancée. Et le révolutionnaire n’est plus qu’un entraîneur sportif : champion du Tiers-monde ou porte-parole des minorités sous-consommatrices, il endigue la frustration des masses à qui il révèle leur retard ; il canalise la violence populaire et la transforme en énergie de rattrapage.

    Chacun des aspects de la société industrielle est une composante d’un système d’ensemble qui implique l’escalade de la production et l’augmentation de la demande indispensable pour justifier le coût social total. C’est pourquoi, en concentrant la critique sociale sur la mauvaise gestion, la corruption, l’insuffisance de la recherche ou le retard technologique, on ne fait que distraire l’attention du public du seul problème qui compte : la structure inhérente à l’outil pris comme moyen et déterminant un manque général croissant. Une autre erreur consiste à croire que la frustration actuelle est due principalement à la propriété privée des moyens de production et que l’appropriation publique de ces moyens par l’intermédiaire d’un organisme central de planification protégerait les intérêts de la majorité et conduirait à une répartition équitable de l’abondance. La structure antihumaine de l’outil ne sera pas transformée par le remède proposé. Aussi longtemps qu’on attaquera le trust Ford pour la seule raison qu’il enrichit Monsieur Ford, on entretiendra l’illusion que les usines Ford pourraient enrichir la collectivité.


    Image ajoutée par “Nos Libertés”

    […]

    Certains outils sont toujours destructeurs, quelles que soient les mains qui les détiennent, que ce soient la Mafia, les capitalistes, une firme multinationale, l’État ou même un collectif de travailleurs. […] L’homme moderne a du mal à penser le développement et la modernisation en termes d’abaissement plutôt que d’accroissement de la consommation d’énergie. Pour lui, une technique avancée rime avec une profonde intervention dans les processus physiques, mentaux et sociaux. Si nous voulons appréhender l’outillage avec justesse, il nous faut quitter l’illusion qu’un haut degré de culture implique une consommation d’énergie aussi élevée que possible. Dans les anciennes civilisations, les ressources en énergie étaient très équitablement réparties. Chaque être humain, par sa constitution biologique, disposait de toute l’énergie potentielle nécessaire sa vie durant pour transformer consciemment le milieu physique, selon sa volonté, puisque la source en était son propre corps à la seule condition d’être maintenu en bonne santé.

    […]

    “Dans son livre “The Myth of the machine : the Pentagon of power”, Lewis Mumford souligne les caractéristiques spécifiques qui firent de l’activité minière le prototype des formes ultérieures de mécanisation : « indifférence aux facteurs humains, à la pollution et à la destruction du milieu, accent mis sur un processus physico-chimique en vue d’obtenir le métal ou le carburant désiré et, par-dessus tout, isolement géographique et mental par rapport au monde concret du fermier et de l’artisan, et au monde spirituel de l’Église, de l’Université et de la Cité. Par son effet destructeur sur l’environnement et son mépris des risques imposés à l’homme, l’activité minière se rapproche beaucoup de l’activité guerrière — comme la guerre, la mine produit souvent un type d’homme dur et digne, habitué à affronter le danger et la mort, le soldat vu sous son meilleur jour. Mais l’animus destructeur de la mine, son sinistre labeur, son aura de misère humaine et de dégradation du paysage, tout cela, l’activité minière le transmit aux industries utilisatrices de sa production. Le coût social dépassait largement le gain mécanique. » Ainsi à l’outil actionné au rythme de l’homme succéda un homme agissant au rythme de l’outil et tous les modes d’agir humains s’en trouvaient transformés.

    À la fin du Moyen âge, le vieux rêve alchimique de fabriquer un homme en laboratoire prit, peu à peu, la forme de la création de robots qui travaillent pour l’homme et de l’éducation de l’homme à travailler à leur côté. Cette nouvelle attitude envers l’activité productrice est reflétée par l’introduction d’un mot nouveau. « Tripaliare » signifiait torturer sur le « trepalium », mentionné au VIe siècle comme étant un pal formé de trois épieux, supplice ayant remplacé dans le monde chrétien celui de la croix. Au XIIe siècle, le mot travail en français, « trabajo » en espagnol, désignait une épreuve douloureuse. Il faut attendre le XVIe siècle pour que « travail » puisse être employé en lieu et place d’ouvrage ou de labeur. À l’œuvre (« poièsis ») de l’homme artiste et libre, au labeur (« ponèros ») de l’homme contraint par autrui ou par la nature, s’ajoute alors le travail au rythme de la machine. Puis le mot « travailleur » glisse de sens vers « laboureur » et « ouvrier » : à la fin du XIXe siècle, les trois termes se distinguent à peine.

    L’idéologie de l’organisation industrielle de l’outillage et de l’organisation capitaliste de l’économie vit le jour plusieurs siècles avant ce qu’il est convenu d’appeler la révolution industrielle. Dès l’époque de Bacon, les Européens commencèrent à effectuer des opérations relevant d’un nouvel état d’esprit : gagner du temps, rétrécir l’espace, accroître l’énergie, multiplier les biens, Jeter par-dessus bord les normes naturelles, prolonger la durée de la vie, remplacer les organismes vivants par des mécanismes qui les simulent ou amplifient une fonction particulière. De tels impératifs sont devenus les dogmes de la science et de la technique dans nos sociétés, ils n’ont valeur d’axiomes que parce qu’ils ne sont pas soumis à l’analyse. Le même changement d’état d’esprit est reflété par le passage du rythme rituel à la régularité mécanique : l’accent est mis sur la ponctualité, la mesure de l’espace et la comptabilisation des votes, de sorte que des objets concrets et des événements complexes sont transformés en quanta abstraits. Cette passion capitaliste pour un ordre répétitif a miné l’équilibre qualitatif entre l’ouvrier et son outillage faible.


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    L’émergence de nouvelles formes d’énergie et de pouvoir a changé le rapport que l’homme entretenait avec le temps. Le prêt à intérêt était condamné par l’Église comme une pratique contre-nature : l’argent était par nature un moyen d’échange pour acheter le nécessaire, non un capital qui pût travailler ou porter des fruits. Au XVIIe siècle, l’Église elle-même abandonna cette conception, quoique ce fût à regret, pour accepter le fait que les chrétiens étaient devenus des capitalistes marchands. L’usage de la montre se généralisa et, avec lui, l’idée du « manque » de temps. Le temps devint de l’argent : j’ai gagné du temps, il me reste du temps, comment vais-je le dépenser ? Je manque de temps, je ne peux pas me payer le luxe de gaspiller mon temps à cela, une heure, c’est déjà ça de gagné !

    Bientôt on commença à considérer ouvertement l’homme comme une source d’énergie. On chercha à mesurer la prestation quotidienne maximale que l’on pouvait attendre d’un homme, puis à comparer le coût de l’entretien et la puissance de l’homme avec ceux du cheval. L’homme fut redéfini comme source d’énergie mécanique. On remarqua que les galériens n’étaient pas très efficients puisqu’ils restaient liés au mouvement singulier de la rame. En revanche, les prisonniers condamnés au supplice de l’écureuil, encore utilisé au XIXe siècle dans les prisons anglaises, fournissaient une puissance rotative capable d’alimenter n’importe quelle nouvelle machine.

    Le nouveau rapport de l’homme à son outillage durant la révolution industrielle prend racine, comme le capitalisme, dans le XVIe siècle ; à son tour, il appela de nouvelles sources d’énergie. La machine à vapeur est plus un effet de cette soif d’énergie qu’une cause de la révolution industrielle. Avec le chemin de fer, cette précieuse machine devint mobile et l’homme se fit usager. En 1782, la diligence franchissait 100 kilomètres par jour entre Paris et Marseille ; en 1855, Napoléon III se vantait de parcourir 100 kilomètres à l’heure. Peu à peu, la machine mit l’homme en mouvement : en 1900, un travailleur français non employé dans l’agriculture franchissait en moyenne trente fois plus de kilomètres que son homologue en 1850. C’est alors la fin tout à la fois de l’Age du Fer et de la révolution industrielle. À l’habileté à se mouvoir se substitue le recours aux transports. Le faire en série remplace le savoir-faire, l’industrialisation devient la norme.

    Au XXe siècle, l’homme met en perce de gigantesques réservoirs naturels d’énergie. Le niveau énergétique ainsi atteint produit ses propres normes, il détermine les caractères techniques de l’outil et, plus encore, la place nouvelle de l’homme. À l’œuvre, au labeur, au travail vient alors s’ajouter le service de la machine : obligé de s’adapter à son rythme, le travailleur se transforme en opérateur de moteurs ou en employé de bureau. Et le rythme de la production exige la docilité du consommateur qui accepte un produit standardisé et conditionné. Alors, on a moins besoin de journaliers dans les champs, le serf cesse d’être rentable. Le travailleur, aussi, cesse d’être rentable, dès lors que l’automation achève la transformation ouverte par l’industrialisation, et poursuivie par la production de masse. Le charme discret du conditionnement abstrait par la méga-machine remplace le claquement du fouet à l’oreille de l’esclave-laboureur et l’avance implacable de la chaîne déclenche le geste stéréotypé de l’esclave-ouvrier.

    Nous avons ainsi passé en revue quatre niveaux énergétiques qui peuvent marquer l’organisation d’une société, la structure de ses outils et le style dominant de ses activités productrices. Ces quatre organisations circonscrivent respectivement le champ de l’œuvre indépendante et créatrice, du labeur sous la loi de la nécessité, du travail à la cadence de la chaîne et du fonctionnement « conditionné opérationnellement » à l’intérieur de la méga-machine. La manière dont ces différents genres d’activité participent aux échanges de l’économie et affrontent les lois du marché est révélatrice de leurs différences mutuelles. Le créateur d’une œuvre ne peut pas s’offrir lui-même sur le marché, il peut seulement proposer le fruit de son activité. Le laboureur et le travailleur peuvent offrir à autrui leur force et leur compétence. Enfin la place du fonctionnaire et de l’opérateur est devenue elle-même une marchandise. Le droit d’opérer sur une machine et de bénéficier des privilèges afférents est obtenu à l’issue de la consommation d’une série de traitements préalables : curriculum scolaire, conditionnement professionnel, éducation permanente.

    Nous sommes tous fils de notre temps et nous avons la plus grande peine à imaginer un type de production postindustriel et pourtant humain. Pour nous, limiter l’outillage industriel évoque le retour à l’entrée de la mine et au chronomètre de l’usine, ou au trimard du fermier qui a des concurrents mécanisés. L’ouvrier qui plonge un pneu dans une solution d’acide sulfurique bouillant doit répéter ce geste absurde et épuisant à chaque gémissement de la machine ; il est véritablement attaché à la machine. De son côté, le travail des champs n’est plus ce qu’il était pour le serf ou pour le paysan. Pour le serf, c’était le labeur au service d’un maître qui le commandait ; pour le paysan, c’était le labour de son champ à lui, il l’organisait en fonction de la croissance des plantes, de l’appétit des bêtes, et du temps qu’il ferait le lendemain. L’ouvrier agricole mexicain, qui va travailler aux États-Unis et ne dispose pas d’outils manipulables, se trouve dans une situation absurde. Il est pris entre deux feux : ou bien il doit s’épuiser à rivaliser avec les performances exécutées par ceux qui possèdent tracteurs et machines à usages multiples, ou bien il fait fonctionner cette machinerie moderne en ayant conscience d’être brimé, exploité et berné, avec le sentiment d’être une simple pièce de rechange pour la méga-machine. L’idée le dépasse qu’on puisse utiliser des outils maniables à la fois moins fatigants que l’ancienne charrue, moins aliénants que la moissonneuse-batteuse et plus productifs que l’une et l’autre.


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    Aucun des types d’outillage réalisables par le passé ne pouvait à la fois rendre possibles un genre de société et un mode d’activité marqués du sceau de l’efficience et de la convivialité. Mais aujourd’hui nous pouvons concevoir des outils qui permettent d’éliminer l’esclavage de l’homme à l’égard de l’homme, sans pour autant l’asservir à la machine. La condition de ce progrès est le renversement du cadre d’institutions qui régit l’application des résultats tirés des sciences et des techniques. De nos jours, l’avancée scientifique est identifiée à la substitution à l’initiative humaine d’un outillage programmé, mais ce qu’on prend ainsi pour l’effet de la logique du savoir n’est en bonne réalité que la conséquence d’un préjugé idéologique.

    La science et la technique étayent le mode industriel de production et imposent de ce fait la mise au rancart de tout outillage spécifiquement lié à un travail autonome et créateur. Un tel processus n’est pas contenu en germe dans les découvertes scientifiques, et ce n’est pas davantage la conséquence nécessaire de leur application. C’est le résultat d’un parti pris absolu en faveur du développement du mode industriel de production. La recherche s’efforce de réduire partout les blocages secondaires qui entravent la croissance d’un processus spécifique de production. À chacune des découvertes ainsi obtenues par une programmation de longue date, on pavoise comme s’il s’agissait d’une coûteuse percée, réalisée à grand-peine dans l’intérêt public. En fait, la recherche est presque totalement au service du développement industriel. Une technique avancée pourrait tout aussi bien réduire le poids du labeur et, de cent façons, servir l’expansion de l’œuvre de production personnelle. Les sciences de la nature et les sciences de l’homme pourraient servir à créer des outils, tracer leur cadre d’utilisation et forger leurs règles d’emploi de sorte que l’on atteigne à une incessante recréation de la personne, du groupe et du milieu, à un total déploiement de l’initiative et de l’imagination de chacun.


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    Nous pouvons aujourd’hui comprendre la nature de façon nouvelle. Le tout est de savoir à quelles fins. C’est l’heure du choix entre la constitution d’une société hyperindustrielle, électronique et cybernétique, ou la réunion d’un large éventail d’outils modernes et conviviaux. Un même poids d’acier peut servir à produire une scie à métaux, une machine à coudre ou un élément industriel : dans les deux premiers cas, l’efficacité de mille personnes sera multipliée par trois ou par dix ; dans le dernier, une large part de leur savoir-faire perdra sa raison d’être. Il faut choisir entre distribuer à des millions de personnes, au même moment, l’image colorée d’un pitre s’agitant sur le petit écran, ou donner à chaque groupe humain le pouvoir de produire et de distribuer ses propres programmes dans les centres vidéo. Dans la première hypothèse, la technique est mise au service de la promotion du spécialiste régie par des bureaucrates. Toujours plus de planificateurs feront des études de marché, dresseront des équilibres prévisionnels et façonneront la demande de toujours plus de gens dans un nombre croissant de secteurs. Il y aura toujours plus de choses utiles fournies à des inutiles. Mais une autre possibilité s’offre. La science peut aussi s’employer à simplifier l’outillage, à rendre chacun capable de façonner son environnement immédiat, c’est-à-dire capable de se charger de sens en chargeant le monde de signes.

    À l’image de ce que fit la Réforme en arrachant le monopole de l’écriture aux clercs, nous pouvons arracher le malade aux médecins. Il n’est pas besoin d’être très savant pour appliquer les découvertes fondamentales de la médecine moderne, pour déceler et soigner la plupart des maux curables, pour soulager la souffrance d’autrui et l’accompagner à l’approche de la mort. Nous avons du mal à le croire, parce que, compliqué à dessein, le rituel médical nous voile la simplicité des actes. J’ai une amie noire de dix-sept ans qui est récemment passée en jugement pour avoir soigné la syphilis primaire de cent trente camarades d’école. Un détail d’ordre technique, souligné par un expert, lui a valu l’acquittement : ses résultats étaient statistiquement meilleurs que ceux du Service de Santé américain. Six semaines après le traitement, elle a pu faire des examens de contrôle sur tous ses patients, sans exception. Il s’agit de savoir si le progrès doit signifier une indépendance accrue ou une croissante dépendance.

    La possibilité de confier des soins médicaux à des non-spécialistes va à l’encontre de notre conception du mieux-être, due à l’organisation régnante de la médecine. Conçue comme une entreprise industrielle, elle est aux mains de producteurs (médecins, hôpitaux, laboratoires pharmaceutiques) qui encouragent la diffusion des procédés de pointe coûteux et compliqués, et réduisent ainsi le malade et son entourage au statut de clients dociles. Organisée en système de distribution sociale de bienfaits, la médecine incite la population à lutter pour obtenir toujours plus de soins dispensés par des professionnels en matière d’hygiène, de prévention, d’anesthésie ou d’assistance aux mourants. Jadis le désir de justice distributive se fondait sur la confiance dans l’autonomie. Aujourd’hui, figée dans le monopole d’une hiérarchie monolithique, la médecine protège ses frontières en encourageant la formation de paraprofessionnels auxquels sont sous-traités les soins autrefois dispensés par l’entourage du malade. Ce faisant, l’organisation médicale protège son monopole orthodoxe de la concurrence déloyale de toute guérison obtenue par des moyens hétérodoxes. En fait, chacun peut soigner son prochain et, dans ce domaine, tout n’est pas nécessairement matière à enseignement. Simplement, dans une société où chacun pourrait et devrait soigner son prochain, certains seraient plus experts que d’autres. Dans une société où l’on naîtrait et mourrait chez soi, où l’infirme et l’idiot ne seraient pas bannis de la place publique, où l’on saurait distinguer la vocation médicale de la profession de plombier, il se trouverait des gens pour aider les autres à vivre, à souffrir et à mourir.

    L’évidente complicité du professionnel et de son client ne suffit pas à expliquer la résistance du public à l’idée de déprofessionnaliser les soins. À la source de l’impuissance de l’homme industrialisé, on trouve l’autre fonction de la médecine présente qui sert de rituel pour conjurer la mort. Le patient se confie au médecin non seulement à cause de sa souffrance, mais par peur de la mort, pour s’en protéger. L’identification de toute maladie à la menace de mort est d’origine assez récente. En perdant la distinction entre la guérison d’une maladie curable et la préparation à l’acceptation du mal incurable, le médecin moderne a perdu le droit de ses prédécesseurs à se distinguer clairement du sorcier et du charlatan ; et son client a perdu la capacité de distinguer entre le soulagement de la souffrance et le recours à la conjuration. Par la célébration du rituel médical, le médecin masque la divergence entre le fait qu’il professe et la réalité qu’il crée, entre la lutte contre la souffrance et la mort d’un côté et l’éloignement de la mort au prix d’une souffrance prolongée de l’autre. Le courage de se soigner seul n’appartient qu’à l’homme qui a le courage de faire face à la mort.”

    […]

    “Le Droit et la Finance sont derrière l’industrie, ils lui donnent le pouvoir d’ôter à l’homme la faculté de construire sa propre maison. Tout récemment, le Mexique a lancé un grand programme ayant pour but de fournir à chaque travailleur un logement décent. Dans un premier temps, on établit de nouvelles normes pour la construction d’unités d’habitation. Ces normes devaient protéger l’acquéreur d’une maison contre les abus de l’industrie de la construction. Mais, paradoxalement, ces normes mêmes ont privé encore plus de gens de la possibilité traditionnelle de se construire une maison. Car le nouveau code de l’habitat édicté des conditions minimales qu’un travailleur qui construit sa maison sur son temps libre ne peut pas remplir. De plus, le loyer d’un logement construit industriellement dépasse le revenu total de 80 % de la population. Ce « logement décent », comme on dit, ne peut être occupé que par des gens aisés ou par ceux à qui la loi octroie une allocation de logement.

    Les logements qui ne satisfont pas aux normes industrielles sont décrétés dangereux et insalubres. On refuse une aide publique à l’écrasante majorité de la population, qui n’a pas les moyens d’acheter une maison, mais qui pourrait s’en construire une. Les fonds publics destinés à l’amélioration des conditions d’habitat dans les quartiers pauvres sont affectés à la construction de villes nouvelles, près des capitales provinciales et régionales, où pourront vivre les fonctionnaires, les ouvriers syndiqués et ceux qui ont du piston.”

    […]

    “Première est la structure de l’outil pour l’acquisition du premier savoir : moins nos outils sont conviviaux, plus ils alimentent l’enseignement. Dans certaines tribus, de petite taille et de grande cohésion, le savoir est partagé très équitablement entre la plupart des membres de la tribu, chacun sait la plus grande part de ce que tout le monde sait. À l’étape ultérieure du procès de civilisation, de nouveaux outils sont introduits, plus de gens savent plus de choses, mais tout le monde ne sait plus faire toute chose également bien. La maîtrise, toutefois, n’implique pas encore le monopole de la compréhension : on peut avoir la compréhension de ce que fait un forgeron sans en être un soi-même, on n’a pas besoin d’être cuisinier pour savoir comment on fait la cuisine. Ce jeu combiné d’une information largement répandue et d’une aptitude générale à en tirer parti caractérise une société où prévaut l’outil convivial. Si la technique de l’artisan peut être comprise en observant son travail, les ressources complexes qu’il met en œuvre ne peuvent être acquises qu’à l’issue d’une longue opération disciplinée : l’apprentissage. Le savoir global d’une société s’épanouit quand, à la fois, se développent le savoir acquis spontanément et le savoir reçu d’un maître ; alors rigueur et liberté se conjuguent harmonieusement. L’extension du champ d’équilibre du savoir ne peut aller à l’infini, elle est grosse de sa limite. Ce champ est optimisable, il n’est pas indéfini. D’abord parce que la durée d’une vie humaine est limité. Ensuite (et cela est tout aussi inexorable) parce que spécialisation de l’outil et division du travail sont en interaction, et requièrent, au-delà d’un certain point, une surprogrammation de l’opérateur et du client. La plus grande part du savoir de chacun est dès lors l’effet du vouloir et du pouvoir d’autrui. La culture peut fleurir en d’innombrables variétés, mais il est des bornes matérielles qu’elle ne peut contourner.

    Dans quel environnement l’enfant des villes voit-il le jour ? Dans un ensemble complexe de systèmes qui signifient une chose pour ceux qui les conçoivent, et une autre pour ceux qui les emploient. Placé au contact de milliers de systèmes, placé à leurs terminaisons, l’homme des villes sait se servir du téléphone et de la télévision, mais il ne sait comment ça marche. L’acquisition spontanée du savoir est confinée aux mécanismes d’ajustement à un confort massifié. L’homme des villes est de moins en moins à l’aise pour faire sa chose à lui. Faire la cuisine, la cour ou l’amour devient matière à enseignement. Dévié par et vers l’éducation, l’équilibre du savoir se dégrade. Les gens savent ce qu’on leur a appris, mais ils n’apprennent plus par eux-mêmes. Ils sentent qu’ils ont besoin d’être éduqués.


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    Le savoir est dès lors un bien et, comme tout bien mis sur le marché, il est soumis à la rareté. Celer la nature de cette rareté est la fonction — fort coûteuse — d’une éducation multiforme. L’éducation, c’est la préparation programmée à la « vie active » moyennant l’ingurgitation d’instructions massives et standardisées produites par l’école. Mais l’éducation, c’est aussi le branchement continu sur le flux d’informations médiatisées (informations sur ce qui se passe), c’est le « message » de chaque bien manufacturé. Quelquefois le message est écrit sur la boîte, et il faut le lire. Si le produit est plus élaboré, sa forme, sa couleur, les associations provoquées dictent à l’usager la façon de s’en servir. Permanente, l’éducation l’est en particulier, comme médecine de saison, pour le cadre, le policier et l’ouvrier qualifié, périodiquement dépassés par l’innovation dans leur propre branche. Lorsque les gens s’usent, doivent sans cesse retourner sur les bancs de l’école pour prendre un bain de savoir et de sécurité, lorsque l’analyste doit être reprogrammé à chaque nouvelle génération d’ordinateur, alors, vraiment, l’éducation est un bien soumis à la rareté. Ainsi l’éducation devient, dans la société, la question à la fois la plus brûlante et la plus mystifiante.”

    […]

    “Au début du XIXe siècle l’industrie commença à concurrencer les autres modes de production. Les réussites industrielles devinrent la mesure et la règle de l’économie tout entière. Bientôt on tint pour subsidiaires toutes les activités productives auxquelles on ne pouvait pas appliquer les règles de mesure et les critères d’efficience valables pour la production à la chaîne : il en fut ainsi des travaux domestiques, de l’artisanat et de l’agriculture de subsistance. Le mode industriel de production commença par dégrader le réseau de relations productives qui avaient jusque-là coexisté dans la société, pour ensuite le frapper de paralysie.


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    Ce monopole qu’exerce un seul mode de production sur toutes les relations productives est plus insidieux et plus dangereux que la concurrence entre firmes, mais il est moins visible. Il est facile de connaître le gagnant dans la concurrence de surface : c’est l’usine qui utilise le capital de façon intensive, l’affaire la mieux organisée, la branche industrielle la plus esclavagiste et la mieux protégée, l’entreprise qui gaspille avec la plus grande discrétion ou celle qui fabrique le plus d’armements. À large échelle, cette course prend la forme d’une concurrence entre firmes multinationales et nations en voie d’industrialisation. Mais ce jeu mortel entre titans détourne l’attention de sa propre fonction rituelle. À mesure que s’étend le champ de concurrence, une même structure industrielle se développe à travers le monde et polarise la société. Le mode industriel de production établit sa domination non seulement sur les ressources et l’outillage, mais aussi sur l’imagination et les désirs d’un nombre croissant d’individus. C’est le monopole radical généralisé, non plus celui d’une branche d’industrie, mais celui du mode industriel de production. L’homme lui-même est industrialisé en quelque sorte. Les systèmes politiques font assaut d’ingéniosité et d’agilité sémantique pour baptiser de noms opposés cette même structure industrielle partout en expansion, sans comprendre, pourtant qu’elle échappe partout à leur contrôle. Tout au contraire, l’antagonisme entre pays pauvres et pays riches, entre nations soumises à une planification centrale et nations où règne la loi du marché, est le masque nécessaire pour que ce monopole paraisse bénéfique.

    Étendue au monde entier, cette industrialisation de l’homme entraîne la dégradation de tous les langages et il devient très difficile de trouver les mots qui parleraient d’un monde opposé à celui qui les a engendrés. Le langage reflète le monopole que le mode industriel de production exerce sur la perception et la motivation. Dans les nations industrielles, quand l’homme parle de ses œuvres, les mots qu’il emploie désignent les produits de l’industrie. Le langage réfléchit la matérialisation de la conscience.”

    […]

    “La loi comme la jurisprudence suppose que les parties soumettent les conflits d’intérêts sociaux au jugement d’un tribunal impartial. Ce tribunal ou cette chambre opère de façon continue. Le juge idéal est une personne ordinaire, prudente, indifférente au fond de l’affaire à débattre, experte dans l’exercice de la procédure. Mais, dans la réalité de la vie, le juge est un homme de son temps et de son milieu. En fait, le tribunal en est venu à servir la concentration du pouvoir et la croissance de la production industrielle. Non seulement le juge et le législateur sont poussés à croire qu’une affaire est bien jugée et le conflit convenablement résolu quand la balance de la justice est inclinée en faveur de l’intérêt global des industries, mais encore la société a conditionné le plaignant à exiger qu’elles croissent. On revendique une plus grosse tranche du gâteau institutionnel plutôt que la protection contre une institution qui mutile la liberté.”


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    […]

    “Pour entamer la lutte contre les préjugés régnants, pour conduire à l’inversion, certains de ceux qui appartiennent aux grandes professions peuvent jouer le rôle d’éclaireurs. Lorsqu’ils prennent conscience de la crise de l’école, les éducateurs se mettent habituellement en quête d’une solution miracle pour enseigner plus de choses à plus de gens. Leurs efforts et leurs prétentions amplifient l’importance de la minorité des pédagogues qui insistent sur les limites pédagogiques de la croissance industrielle. De la même façon, les médecins ont tendance à croire qu’au moins une partie de leur savoir est exprimable seulement en termes ésotériques. À leurs yeux, un confrère qui sécularise les actes médicaux n’est qu’un profanateur. Il est vain d’attendre de l’Ordre des médecins, des syndicats de l’Éducation nationale ou de l’Association des ingénieurs de la circulation qu’ils expliquent en termes simples, tirés du langage courant, le gangstérisme professionnel de leurs collègues. Il est tout aussi vain de penser que les députés, les juristes et les magistrats vont soudain reconnaître l’indépendance du Droit par rapport à leur notion préconçue du bien — qui se confond avec la fourniture de la plus grande quantité de produits au plus grand nombre de gens. Car tous sont dressés à arbitrer les conflits en faveur de leur propre branche d’activité, soit qu’ils parlent au nom des patrons, des salariés, des usagers ou de leurs collègues eux-mêmes.”

    […]

    “Si, dans un très proche avenir, l’humanité ne limite pas l’impact de son outillage sur l’environnement et ne met pas en œuvre un contrôle efficace des naissances, nos descendants connaîtront l’effroyable apocalypse prédite par maint écologue. […] L’installation du fascisme techno-bureaucratique n’est pas inscrite dans les astres. Il y a une autre possibilité : un processus politique qui permette à la population de déterminer le maximum que chacun peut exiger, dans un monde aux ressources manifestement limitées ; un processus d’agrément portant sur la fixation et le maintien de limites à la croissance de l’outillage ; un processus d’encouragement de la recherche radicale de sorte qu’un nombre croissant de gens puissent faire toujours plus avec toujours moins. Un tel programme peut encore paraître utopique à l’heure qu’il est : si on laisse la crise s’aggraver, on le trouvera bientôt d’un extrême réalisme.”

  • Alain, un berger chez les fous !

    Trois ans derrière des murs pour une simple gifle

    1657HospitalisationLes Cévennes sont de basses montagnes couvertes de pins et de châtaigniers, où aucune agriculture industrielle n’est possible. Le cultivateur tend à y disparaître, remplacé par le bobo du Nord. Les éleveurs de chèvres continuent à y faire du pélardon. Ceux de brebis envoient le lait à Roquefort, et abattent les bêtes au moment de l’Aïd, pour les travailleurs marocains.
    C’est ainsi que vivait Alain, berger d’un troupeau d’une soixantaine de moutons. Il n’était pas exactement de Malons (sa commune d’adoption), puisqu’il était de la DDASS, mais s’y était installé il y a quatorze ans. Il ne buvait pas, ne fumait pas (à part quelques joints quotidiens d’herbe locale) et, quand il redescendait au village, menait une vie rangée, entre sa compagne et leur petite fille.
    On a beau vivre dans la nature, il arrive qu’on aille à l’hôpital. C’est ce qui arriva un jour à Alain, heureusement pas longtemps, rien de grave.
    À son retour, il n’avait plus de troupeau. Tous les moutons avaient été abattus, à la demande du maire, parce qu’ils étaient sans surveillance et menaçaient d’aller brouter l’herbe d’autrui.
    On ne discutera pas la décision du maire. Peut-être agit-il sagement, en l’occurrence. Mais certainement pas amicalement. Il aurait pu au moins prévenir.
    Alors que là, la surprise fut totale. Et l’exaspération aussi. Alain alla trouver le maire et, d’un propos discourtois à l’autre, d’un nom d’oiseau à celui d’autres animaux plus ou moins sympathiques, le ton monta. Si bien que le berger finit par allonger une paire de gifles au premier magistrat de la commune.
    On a toujours tort de s’énerver. Le maire porta plainte, et Alain, à peine sorti de l’hosto, se retrouva en taule.
    Son avocat n’avait pas inventé l’eau tiède. Au tribunal correctionnel d’Alès, il plaida le nervosisme de l’accusé, si bien que le juge, convaincu d’avoir affaire à un énervé de naissance, ordonna l’hospitalisation d’office (HO) dans un établissement ad hoc.
    Alain se retrouva donc, après dix-huit mois de préventive, au quartier pénitentiaire de l’HP Carrairon, à Uzès, où il eut tout le loisir de regretter la quiétude des maisons d’arrêt, entouré qu’il était de quelques psychopathes particulièrement inquiétants.
    Heureusement, personne, parmi les personnels de cet établissement, ne consentit à le reconnaître fada.
    Le juge des libertés fut saisi et, se conformant à l’avis des experts, prononça l’élargissement d’Alain. C’était un vendredi. Le parquet fit aussitôt appel, lequel fut dans la foulée fixé au premier jour ouvrable suivant, lundi 12 décembre, à 10 heures du mat’. Alain ne put ni préparer sa défense, ni même avertir un avocat. En revanche, ce lundi-là, on avait trouvé un nouveau psychiatre qui, contrairement aux autres, pensait qu’il fallait garder Alain à l’hosto.
    Ce n’est pas qu’il l’avait trouvé déséquilibré. Non, il écrivait même, dans son rapport :
    « Monsieur Paya [c’est le nom d’Alain] est adapté dans une situation qu’il refuse (l’HO) mais ne pose pas de problème d’opposition et de trouble du comportement. »
    Oui, mais voilà. Ce n’était pas tout. D’abord, il y avait les cheveux « crépus et emmêlés évoquant la coiffe rasta » et une apparence trop raisonnable pour être honnête « lisse dans ses réponses, ce qui peut renvoyer à une forme de réticence… » Le tout, avec un passé franchement louche : « Concernant son enfance (en famille d’accueil), il ne signalera pas d’événement particulier. De la même manière, à l’adolescence, il n’évoquera pas de dysfonctionnements sociaux ou relationnels. Cependant, il a arrêté l’école à quatorze ans et a travaillé à la ferme familiale. »
    Quand on a grandi orphelin chez des pauvres, peut-on se prétendre sain d’esprit ? Et a fortiori lorsqu’on n’a pas fait fortune plus tard : « Il dit qu’il n’avait aucun problème social, ni n’ayant besoin de soin psychiatrique et laisse penser qu’il avait obtenu un équilibre personnel, se contentant de peu dans un contexte qui parait précaire. »
    Car, en effet, le pauvre est une variété d’asocial qui, lorsqu’il a un peu de bons sens, demande à être assisté médicalement pour supporter son état. En conclusion, l’expert s’avoue bien embêté : « Nous nous trouvons là devant un problème complexe à savoir que […] Monsieur Paya est adapté et ne présente pas de problème majeur ni de nécessité de traitement, si ce n’est qu’il se sent mal dans un milieu de maladie mentale. »
    Et si vous voulez savoir quel est ce problème complexe, il n’est que de se reporter à la question finale posée par le tribunal : « Dire si les troubles mentaux dont est atteint Monsieur Paya compromettent la sûreté des personnes et portent atteinte, de façon grave, à l’ordre public. »
    Le psy n’a même pas eu besoin de se contredire pour trouver à Alain des troubles mentaux. Le tribunal s’en était chargé à sa place. Il lui a suffit de reprendre les termes de la question dans sa réponse : « Les troubles mentaux dont Monsieur Paya est atteint compromettent la sûreté des personnes désignés dans son processus persécutif et par conséquent peuvent porter atteinte de façon grave à l’ordre public. »
    Processus persécutif car Alain, au cours de l’entretien, avait prétendu qu’on s’acharnait sur lui parce qu’il avait giflé un élu au bras long, de surcroît magistrat.
    Le tribunal, quant à lui, s’appuyant sur la seule expertise qui confirmait ce qu’il voulait penser d’Alain, reconduisit la mesure d’enfermement en hôpital psychiatrique. Laquelle commence à faire long, pour deux claques.
    Trois ans de placard, déjà. D’abord la taule, dix-huit mois en tout depuis 2008, et ensuite l’HP, dont il n’est pas près de sortir. Pour un homme considéré par tout le monde, y compris le psy qui l’a renvoyé à l’asile, sain d’esprit.
    Mais qui persiste à ne pas admettre qu’on n’a jamais eu aucun tort à son égard. Ce qui prouve sa folie, imperceptible mais tenace. La même qui nous menace tous, à l’occasion. On croyait l’épidémie presque éteinte depuis celle qui avait emporté tant de dissidents dans l’URSS brejnévienne. Elle se manifeste à nouveau dans la France sarkozyste.

    Gérard Amaté

    source

    Communiqués de la Ligue des droits de l'Homme, section d'Alès et de l'Union Syndicale de la Psychiatrie, Section Gardoise

     

    Acharnement !

     

    Alain Paya-Poirel est un berger qui n'a plus de troupeau.

    Ses bêtes ont été abattues en 2007 par les services vétérinaires à la demande du premier magistrat de Malons et Elze commune où Alain Paya faisait pâturer depuis 13 ans ses 59 brebis, voilà le point de départ, le basculement.

    C'est une drôle d'histoire et nous n'allons pas, dans ce communiqué, essayer de la démêler, ce serait trop long et ce n'est pas à nous de le faire.

    Monsieur Paya-Poirel persuadé qu'il est l'objet d'une terrible injustice réagit violemment -ses bêtes représentent beaucoup pour lui : c'est un berger- il s'en prend au maire, il est condamné, son avocat plaide "la maladie mentale", et il se retrouve en hôpital psychiatrique. Les docteurs qui le suivent, persuadés qu'il n'a pas sa place dans le cadre d'une hospitalisation contrainte saisissent le juge des libertés et de la détention qui prend l'avis de deux experts et décide la levée de cette mesure le vendredi 9 décembre. Le Parquet fait aussitôt appel de cette décision, le jour même et la cour d'appel convoque Monsieur Paya-Poirel le lundi 12 décembre à comparaître devant la cour d'appel de Nîmes à 10 heures !

    C'est une mesure rarissime que la décision d'un juge des libertés et de la détention fasse l'objet d'un appel du Parquet. Monsieur Paya est-il donc si dangereux ? Ce n'est pourtant pas l'avis des docteurs qui ont demandé la levée des mesures d'hospitalisation complète.

    Entre vendredi 9 et lundi 12 décembre deux petites journées pendant la coupure du week-end, impossible dans ce court laps de temps pour M. Paya de préparer sa défense : pas d'avocat pour l'assister lors de sa comparution devant la cour d'appel,

    cour d'appel qui a décidé...du maintien de la mesure d'hospitalisation contrainte.

    Il passera les fêtes de fin d'année en "rétention" hospitalière, loin de sa compagne et de sa petite fille à remâcher son amertume. De quoi être un peu plus désespéré...

    Mais que pèse le désespoir d'un berger marginal "aux cheveux emmelés évoquant la coiffe rasta" (rapport d'un expert psychiatre ) ?

    La section alésienne de la Ligue des droits de l'Homme se pose des questions sur cette décision de justice qui répond au désespoir de ce berger par l'enfermement et procède dans l'urgence sans laisser le temps à Monsieur Paya-Poirel de préparer sa défense.

    Ligue des Droits de l'Homme, section d'Alès

     

     

    La section Gardoise de l'Union Syndicale de la Psychiatrie (U.S.P.) rappelle qu'elle a dénoncé le caractère liberticide de la loi du 5 juillet 2011 sur les soins sans consentement. La situation ici évoquée vient malheureusement illustrer l'utilisation de la psychiatrie, et des soignants, à des fins plus sécuritaires que sanitaires. L'U.S.P. ne peut que s'indigner devant le mépris et le manque de considération des autorités pour la souffrance psychique, dont l'instrumentalisation, à travers les processus contradictoires qu'elles ont pu déployer, peut apparaitre comme un '"effort pour rendre l'autre fou" !L’Union Syndicale de la Psychiatrie appelle au respect de la personne humaine et des décisions médicales qui la concerne, dans une totale indépendance vis à vis des pouvoirs admistratifs et judiciaires.

     Union Syndicale de la Psychiatrie, Section Gardoise

    source

  • Le temps des larmes.

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    Le temps des larmes !

    Il n'est rien que le temps qui coule, qui coule comme une larme,

    une larme sur ta joue, chaude et salée telle le diaphane objet,

    l'objet de ta tristesse de ne pas reconnaitre l'intime de ton âme.

    La vérité est elle de se débattre dans l'océan des larmes? Surnager ?

  • Le régime Dyson, Révolutionnaire !