« 2008-04 | Page d'accueil | 2008-05 »

jeudi, 01 mai 2008

PAS DE QUOI ETRE TRES FIER !

1551099835.jpg

 

Extrait de l’ Allocution de M. le Président de la République devant le Forum d'Affaires franco-tunisien

Tunis - Mardi 29 avril 2008 :

" Il y a une entreprise française qui se crée ou s’agrandit tous les cinq jours ici, en Tunisie. 100 000 emplois directs en Tunisie ! Et cela va encore s’accélérer avec les décisions opportunes qu’a pris la Tunisie d’acheter 19 Airbus, c’est quand même une bonne nouvelle ! Si moi je ne me bats pas pour défendre les intérêts économiques de la France, qui le fera ? J’en vois tant d’autres, -je ne cite personne- où il y a des responsables d’Etat qui sont mobilisés derrière les entreprises, nous aussi. Parce que la France, elle change. Je vais en dire un mot. Et on installera une usine ici, en Tunisie, dans l’aéronautique qui emploiera près de 2 000 personnes, parce que ce que je suis venu défendre, c’est une première idée, une idée très importante. Et en Asie, ils ont su, entre les pays riverains, s’intégrer et se compléter. Et le drame de la Méditerranée, il est dans un chemin inverse où l’on s’oppose et on s’exclut. Vous avez une main d’œuvre qui ne demande qu’à être formée. Nous avons beaucoup d’intelligence et beaucoup de formations. Ensemble, le nord de la Méditerranée et le Sud de la Méditerranée, peuvent créer un pôle gagnant-gagnant qui concurrencera l’Asie. Voilà cette idée que je suis venu défendre, pas les uns contre les autres, les uns avec les autres. Et c’est cela le partenariat. "

Livrons nous à une petite analyse de la forme du discours de Sarkosy par quelques exemples :

  • " Si moi je ne me bats pas pour défendre les intérêts économiques de la France, qui le fera ? " 
la répétition du possessif " moi " avec le pronom personnel " Je " est lourde est inutile. Il eut fallu dire : " Si je ne me bats pas pour défendre les intérêts économiques de la France, qui le fera ? "

 

  • " Et cela va encore s’accélérer avec les décisions opportunes qu’a pris la Tunisie d’acheter 19 Airbus,c'est quand même une bonne nouvelle ! "

L’abus des pronoms et adjectifs démonstratifs alourdit considérablement le style.

Dans cette même phrase nous pouvons constater une erreur sur l’emploi du pluriel du mot " décision " !

En effets mettre " décision " au pluriel laisse entendre qu’il y a plusieurs décisions. Or la fin de la phrase n’en évoque qu’une seule : la décision d’achat de 19 Airbus !

Il faut donc dire : Le mouvement va encore s’accélérer avec la décision opportune qu’a pris la Tunisie d’acheter 19 Airbus ce qui est une bonne nouvelle !

 

  • " Parce que la France, elle change ".

L’emploi de la locution conjonctive " parce que " et la répétition superfétatoire du pronom personnel " elle " sont inutile à la démonstration. Il suffisait de dire :  la France change . 

 

  • " Et en Asie, ils ont su, entre les pays riverains, s’intégrer et se compléter. Et le drame de la Méditerranée, il est dans un chemin inverse où l’on s’oppose et on s’exclut.."

Abus, encore, de l’emploi répétitif en début de phrase de la conjonction de coordination " et " : " Et en Asie….Et le drame de… "

Utilisation inutile du pronom personnel " il " alors que la poursuite de la phrase directement par l’auxiliaire être aurait allégé le fil du propos comme suit : Le drame de la Méditerranée est dans un chemin inverse où l’on s’oppose et on s’exclut. 

Sur le sens de la phrase : " Et en Asie, ils ont su, entre les pays riverains, s’intégrer et se compléter. "

" Les pays riverains " est une expression utilisée ici de manière impropre. En effet, la définitions de Riverains est : Adj. [En parlant d'un territoire, d'un édifice, etc.] Qui se trouve sur la rive d'un cours d'eau ou d'une étendue d'eau.

Il est patent que ni dans la phrase ni même dans la suite du discours il n’est évoqué présence d’un cours d’eau quelconque.

Monsieur le Président aurait du peut-être, parler de pays situés dans une même zone Géographique ou voisins. L’approximation n’est pas de nature à éclairer l’auditeur sur les projets dont il est question.

De plus l’Asie est un continent qui comprend 51 états et s’étend de la Turquie au Japon en passant par l’Inde, la Chine et l’Indonésie. L’imprécision du propos est à souligner de même que l’incohérence de la phrase suivante sur la notion de Méditerranée et du drame qui serait vécu au sein de cet espace mal défini.

Toujours sur cette phrase, nous comprenons mal la formule " Et le drame de la Méditerranée, il est dans le chemin inverse… " L’emploi du verbe être est incorrect . en effet le substantif chemin associé à l’auxiliaire être induit une Confusion sur l’objet du drame évoqué. Le drame serait le chemin inverse !

le Président Français aurait été plus clair en évoquant une action pour qualifier la notion de chemin. Ainsi l’idée sous-jacente aurait-elle pu clairement s’exprimer de la manière suivante : "  Le drame des pays riverains de la Méditerranée est de suivre le chemin de l’opposition et de l’exclusion ".

Nous allons nous arrêter là !

Le travail de correction de ce très médiocre discours serait long et fastidieux tant les incorrections et les lourdeurs y sont nombreuses.

je ne pense pas, non plus, être le plus qualifié pour ce travail.

Après la forme, nous n’évoqueront le fond du propos du Président Sarkosy que pour déplorer la vision colonialiste, au doux parfum de III ème République, exposée.

Mais devons être surpris que l’auteur du discours de Dakar confirme, et par les idées et par les actes, sa pitoyable vision du monde ?

Ainsi, celui-ci affirme sans sourciller en parlant des pays du sud de la Méditerranée :

" Vous avez une main d’œuvre qui ne demande qu’à être formée. Nous avons beaucoup d’intelligence et beaucoup de formations. Ensemble, le nord de la Méditerranée et le Sud de la Méditerranée, peuvent créer un pôle gagnant-gagnant qui concurrencera l’Asie. "

Ces Propos rappellent ceux prononcés par Jules Ferry dans un discours à la chambre des députés le 28 juillet 1885 dont voici un extrait :

" Je répète qu'il y a pour les races supérieures un droit, parce qu'il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures... La vraie question, messieurs, la question qu'il faut poser, et poser dans des termes clairs, c'est celle-ci : est-ce que le recueillement qui s'impose aux nations éprouvées par de grands malheurs doit se résoudre en abdication ? [...] Est-ce que, absorbés par la contemplation de cette blessure qui saignera toujours, ils laisseront tout faire autour d'eux ; est-ce qu'ils laisseront aller les choses; est-ce qu'ils laisseront d'autres que nous s'établir en Tunisie, d'autres que nous faire la police à l'embouchure du fleuve Rouge et accomplir les clauses du traité de 1874, que nous nous sommes engagés à faire respecter dans l'intérêt des nations européennes ? Est-ce qu'ils laisseront d'autres se disputer les régions de l' Afrique équatoriale ? Laisseront-ils aussi régler par d'autres les affaires égyptiennes qui, par tant de côtés, sont des affaires vraiment françaises ? (Vifs applaudissements à gauche et au centre. Interruptions.)

Civilisation ?

Cela ne vous rappelle rien ?

Mais les propos de Jules Ferry trouvérent un opposant de poids en la personne de Georges Clémenceau le 30 juillet 1885.

Je cite :

Je ne comprends pas que nous n'ayons pas été unanimes ici à nous lever d'un seul bond pour protester violemment contre vos paroles. Non, il n'y a pas de droit des nations dites supérieures contre les nations inférieures. Il y a la lutte pour la vie qui est une nécessité fatale, qu'à mesure que nous nous élevons dans la civilisation nous devons contenir dans les limites de la justice et du droit. Mais n'essayons pas de revêtir la violence du nom hypocrite de civilisation. Ne parlons pas de droit, de devoir. La conquête que vous préconisez, c'est l'abus pur et simple de la force que donne la civilisation scientifique sur les civilisations rudimentaires pour s'approprier l'homme, le torturer, en extraire toute la force qui est en lui au profit du prétendu civilisateur. Ce n'est pas le droit, c'en est la négation. Parler à ce propos de civilisation, c'est joindre à la violence, l'hypocrisie. »

Prophétique, non ?

Sources :

http://pagesperso-orange.fr/felina/doc/colon/ferry_clemen...

http://www.elysee.fr/documents/index.php?mode=cview&p...