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mercredi, 26 mars 2008
NOTRE HUMANITE.
Je reproduis ce document trouvé sur le site de la MISNA dont le lien est à droite.
N'oublions pas ce qui nous relie, notre humanité.

| ITALIE 25/3/2008 10.49 | ||
| POUR RÉFLÉCHIR ENSEMBLE (Avec une lettre de Pâques d'il y a 30 ans) | ||
Nous souhaitons proposer un point de vue différent pour réfléchir sur les jours de Pâques vécus par Aldo Moro en 1978, otage depuis le 16 mars de la même année, et sur ceux vécus par sa famille et toute une partie de l'Italie. La lettre dont nous reproduisons la traduction ci-dessous n'a jamais été remise à sa destinataire : elle fut écrite le 26 mars 1978, jour de Pâques, et sa photocopie n'a été retrouvée qu'en 1990. Certains passages requérraient les explications du professeur d'histoire moderne à l'Université de Turin, Miguel Gotor, qui a élaboré pour les éditions "Einaudi" le recueil intitulé "Aldo Moro – Lettres en captivité" ("Aldo Moro - Lettere dalla prigionia"). Cependant, même à défaut de ces explications, ce texte représente un document de grande humanité. Bien qu'ayant été publié à maintes reprises, on éprouve toujours l'impression de violer une intimité sacrée et délicate en le relisant. Tout en en demandant pardon à la famille, la MISNA le reproduit dans le seul but de rappeler l'homme qui n'est trop souvent injustement présenté aujourd'hui que dans le cadre d'une tragique affaire politique – encore partiellement obscure – qui a marqué à jamais le cours de l'histoire italienne. Non pas en bien. Peut-être parce qu'elle en a oublié l'homme.]
"Ma très chère Noretta,
Je voudrais te dire tant de choses mais je m'en tiendrai à l'essentiel. Je me porte assez bien, bénéficiant de soins humains très attentionnés. La nourriture est abondante et saine (je mange maintenant un peu plus de féculents) ; j'ai même à disposition tous les médicaments nécessaires. Tu peux t'imaginer à quel point vous me manquez tous et combien mes heures passent à vous remémorer, vous retrouver et à vous embrasser. J'espère que vous aussi pensez à moi, mais sans peine.
C'est la première fois depuis trente-trois ans que nous ne passons pas Pâques ensemble et plusieurs jours s'écouleront après notre trente-troisième anniversaire de mariage avant que nous nous revoyions. Je me souviens de la petite église de Montemarciano et la réception simple avec nos amis de la campagne. Mais lorsque le cours des choses se brise de cette manière, elles se mettent à resplendir dans toute leur simplicité comme l'or du monde. En ce qui me concerne, je n'ai ni prévisions ni projets, mais j'ai foi en Dieu qui, dans des cas aussi difficiles, ne m'a jamais abandonné. Je me doute que d'autres souffrent. Je m'en doute mais je ne souhaite pas m'engager trop en avant sur la voie du désespoir. Je dédie toute ma reconnaissance et mon affection à tous ceux qui m'ont aimé et m'aiment, au-delà de tout mérite de ma part qui consiste tout au plus à ma capacité à rendre cet amour. J'ignore sous quelle forme mais rappelle-moi au bon souvenir de ma grand-mère. Que comprendra-t-elle de mon absence ? Je souhaite tout le bonheur du monde à tous nos enfants, à Fida et à son mari, à Anna, à son mari et au petit, à Agnese, à Giovanni, à Emma. À Agnese, je voudrais demander de te tenir compagnie le soir, en prenant ma place dans le lit et en contrôlant toujours que le gaz soit éteint. À Giovanni, que j'embrasse très fort, je voudrais que tu lui demandes gentiment qu'il essaie de passer un examen pour l'amour de moi. Toute ma tendresse au petit dont je voudrais que tu gardes les mots et quelques photographies. Pour l'université, demande à Saverio Fortuna de faire part de mes sincères salutations aux étudiants et de mon regret de ne pas pouvoir poursuivre mes leçons. Rappelle-moi au bon souvenir de mes frères et de mes beaux-frères à tous mes chers collaborateurs. À Rana en particulier, je voudrais demander d'entretenir quelques contacts avec le Collège et de me rappeler au bon souvenir de tous. Je regrette de ne pas pouvoir parler de tous mais je les porte tous dans mon cœur. Si tu peux, dans mon répertoire vert, tu trouveras le numéro de M. L. Familiari, mon élève. Je te prie de lui téléphoner un soir pour lui passer le bonjour ainsi qu'à ses amis Mimmo, Matteo, Manfredi et Giovanna qui m'accompagnent à la messe.
Maintenant, certains détails pratiques. J'ai laissé mon salaire à l'endroit habituel. Il faudrait aller chercher une chemise au pressing. Vu qu'elle est enceinte et le maigre salaire de son mari, aide un peu Anna. Pour cela, tu peux te servir de chèques signés et non encaissés que Rana pourra t'aider à faire. Comme je ne suis pas là, j'espère qu'Anna t'apportera des jonquilles le jour de notre anniversaire. En te faisant aider toujours de Rana, il faudrait essayer de récupérer cinq cartables qui se trouvaient dans la voiture. Il ne s'agit de rien de politique mais d'affaires courantes qui sont restées inachevées en pleine crise. J'y ai aussi quelques effets de voyage. Maintenant je pense que je t'ai assez fatiguée et je t'en demande pardon. J'ignore si je réussirai à avoir de vos nouvelles et de quelle manière. Il vaut mieux utiliser les journaux pour que me répondre brièvement. J'espère que le cher Giacovazzo s'est mis d'accord avec Giunchi. Souvenez-vous de moi dans vos prières tout comme je le fais. Je vous embrasse tous avec très très grande tendresse et je vous souhaite tous mes vœux.
Votre Aldo.
P.S. Accélère la vente de l'appartement de ma grand-mère pour pourvoir aux nécessités de sa maladie."
[CO]
09:19 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note


Commentaires
Banalement humain.
Ecrit par : agathe | mercredi, 26 mars 2008
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