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samedi, 29 décembre 2007
LA MORT DE BENAZIR BHUTTO 3
Lire l'article en partant du n° 1, 2 billets plus bas.......
Je reprends cette excellente analyse parue sur le site de misna dont le lien est disponible à droite
Malgré les généreuses "aides" économiques, logistiques et morales concédées par Washington, en particulier après le drame des Tours jumelles de New York, le général Musharraf ne s’est pas révélé à la hauteur des attentes américaines et il a parfois voulu en faire à sa tête, même avec de typiques ambiguïtés politiques.
David Schultz, professeur à la Hamline University du Minnesota, a par exemple souligné, s’adressant à des médias américains, le sentiment profond de déception envers le général. Mais la mort de Benazir Bhutto dans un attentat convenait-elle à Musharraf ? Ni lui ni la victime n’étaient universellement aimés dans leur pays ; les camps respectifs restaient et restent bien définis et opposés l’un à l’autre, à tel point que le professeur Shultz a formulé l’hypothèse d’une possible guerre civile déclenchée par la tragédie d’hier.
Alors que l’on approchait à grands pas des élections prévues le 8 janvier, une date qui sera difficilement respectée, quel intérêt Musharraf pouvait-il avoir à faire sauter le cadre politique qui était en train de se dessiner grâce au partage du pouvoir concordé avec l’ancien premier ministre? Faisant tourner la mappemonde depuis l’appendice pakistanais du vaste continent économique Sino-Indien jusqu’à la triple frontière Égypte-Gaza-Israël - et posant les yeux un peu plus loin, par exemple sur Annapolis – plus qu’entrevoir le portrait-robot d’un unique assassin ou d’un commanditaire précis, on se trouve devant de multiples interrogations quant aux réels porteurs d’intérêts pour une disparition de Benazir Bhutto.
Pion des Américains et/ou d’autres, son élimination fait revenir à l’esprit d’autres crimes de haut rang, comme par exemple au Liban, autre terrain miné en plein "Grand Moyen-Orient". Et elle suscite des doutes inévitables : est-il possible que ce soient toujours des terroristes islamistes à vouloir déstabiliser tout et partout, même quand, comme dans le cas présent, cela ne peut que nuire à leurs intérêts ? Officiellement proposé au monde par le président américain avec le document "G8-Greater Middle East Partnership" lors des travaux préparatoires du Sommet du G8 de 2004, le concept de "Grand Moyen-Orient" est une définition géopolitique plutôt ambiguë ; aux dires de ses fondateurs, elle peut inclure une vaste portion de mappemonde de l’Égypte à la Turquie jusqu’à l’Afghanistan et au Pakistan, mais elle peut également servir à indiquer d’autres zones à forte présence musulmane.
En avril 2004, le magazine français Le Monde diplomatique, référant l’avis d’Adam Garfunkel, membre des "conservateurs réalistes" américains (bien différents des néo-conservateurs), écrivait : "Dans certaines régions du monde, la démocratie peut nourrir des forces hostiles à son terme de comparaison, l’Occident" et ajoutait que dans le monde arabe, l’attitude amicale des Américains envers des régimes non démocratiques tels que l’Arabie Saoudite et l’Égypte était une "condition permanente d’éclatante hypocrisie diplomatique" porteuse de situations hostiles et conflictuelles.
N’est-ce donc pas dans les conséquences d’un excès "d’hypocrisie diplomatique" – et d’arrogance politique – qu’il faut rechercher, au-delà de l’exécutant, le "primum movens" du nouvel imbroglio du chemin pakistanais vers la démocratie ? Une intrigue internationale privée de sens qui hier a tué Benazir Bhutto, exterminé des centaines de citoyens innocents en quelques semaines et qui, en l’absence d’une diplomatie non hypocrite, inspirée par l’honnêteté, la clarté et la réconciliation, ne peut faire du Grand Moyen-Orient, et pas uniquement, qu’une vaste étendue de haine, de désolation et de mort.
(Pietro Mariano Benni, traduit de l’italien – CC)
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Commentaires
Merci de ces analyses.
Ecrit par : Hervé Torchet | dimanche, 30 décembre 2007
Relayer est important...
Ecrit par : odm | dimanche, 30 décembre 2007
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