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samedi, 29 décembre 2007
LA MORT DE BENAZIR BHUTTO 2
Au-delà des pulsions personnelles de Benazir Bhutto et de son orgueil politico-familial, le fait que Washington ait fortement voulu le retour de l’ex-premier ministre dans sa patrie après huit années d’exil volontaire n’est pas un mystère. Ceux qui cachent, taisent, font semblant d’ignorer ou diminuent cet aspect de la tragique affaire n’aident pas à voir les choses comme elles sont et ne rendent certainement pas service à la vérité.
Comme il n’aide pas non plus d’ignorer le sort tragique du père de Benazir, le premier ministre Zulfikar Ali Bhutto, pendu en 1979 après un coup d’État et un procès controversé. Ni le destin encore plus tragique des frères de Benazir: Shahnawaz, trouvé mort en 1985, quelques années avant que sa sœur n’arrive au pouvoir, dans sa maison de Cannes, en France ; Murtaza, tué en 1996 à Karachi après avoir vécu des années en Afghanistan (suite à la pendaison de son père) et avoir ensuite été élu député à son retour au Pakistan bien plus tard. Sans parler de la longue peine de prison purgée par le mari de Benazir suite à un procès pour corruption. Mme Bhutto, que son Dieu l’accueille en paix, semble ne jamais avoir été au centre d’un système personnel de paix sur la Terre.
Au même titre d’ailleurs que la République islamique du Pakistan, avec ses 150 millions d’habitants et ses dizaines d’ogives nucléaires, éloignée de la paix depuis des décennies, peut-être depuis la séparation de l’Inde en 1947. C’est peut-être aussi pour cela, comme pour ses études universitaires aux Usa que Benazir – un beau visage toujours enveloppé d’un voile de soie – a joui d’une bonne image un peu partout en Occident, même lorsqu’elle ne semblait pas la mériter.
Jeune femme aux commandes pour la première fois il y a 20 ans dans un pays musulman (le second au monde derrière l’Indonésie) Mme Bhutto pouvait être vue par certains comme une sorte d’ambassadrice idéale de ce "Grand Moyen-Orient" à tout prix démocratique - et ami de Washington et de Tel Aviv – contemplé par les néo-conservateurs américains et convoité par les États-Unis, surtout avec la guerre en Irak. Limitrophe de l’Iran, de l’Afghanistan, de la République populaire de Chine, de la Mer d’Arabie et de l’Océan indien, le Pakistan ne se trouve certes pas au centre de cet échiquier, mais il peut en être une extension explosive, le prolongement d’une mèche interminable qui ne fait qu’amener la guerre, la violence, la mort et la destruction dans des zones de plus en plus vastes et instables de la planète. Sans arriver aux folles théories dudit "Nouvel ordre mondial" (le New World Order du "télé-évangéliste" américain Pat Robertson), l’idée d’un nouveau pas terrorisant en direction du "choc des civilisations" que prêche le plus virulent conservatisme américain (et pas seulement) est inévitablement évoquée suite au délit d’hier. (Pour la précision, l’administration Bush compte non moins de 150 anciens étudiants de la Regent University, une institution académique pas vraiment illustre fondée justement par le "télé-évangéliste" cité plus haut).
Guidée, poussée, peut-être pas toujours à contrecoeur, par les hérauts de cette vision manichéenne du monde, Benazir Bhutto rentrait au Pakistan pour être aussi un pion de cette démocratie à exporter à tout prix dans le pays des "infidèles", parfois taxés de nouveaux ennemis de l’Occident après la chute du Mur de Berlin (et du communisme). (À suivre)
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