« PRESIDENTIALISATION? | Page d'accueil | RIEN A DECLARER. »

jeudi, 15 novembre 2007

LE TEMPS ETAIT MAGNIFIQUE.

0fdd583a22512108fc51488ef9bcd80a.jpg

 

Le temps était magnifique, nous étions à l’ombre des arbres qui peuplent le jardin, mon épouse me racontait l’agonie.

Elle me disait comment on meurt lentement en gémissant pendant des jours et des jours.

Elle me disait que les docteurs ne soignent pas sans argent.

Elle me décrivait la morgue et le mépris des médecins pour ce vieux malade analphabète et pauvre.

Et, à ma grande surprise, j’avais du mal à réprimer les sanglots que je parvenais tout de même à bloquer au niveau de ma gorge.

Seuls mes yeux devaient trahir mon émotion.

Cet homme dont elle me parlait était son grand père.

Enfin plus exactement le mari de sa grand-mère, son vrai grand-père ayant été assassiné il y avait bien longtemps.

Cet homme je l’avais rencontré deux fois. Je me rappelle de sa haute taille et de son sourire édenté sur son visage buriné.

Nous ne parlions pas la même langue, mais je l’aimais bien ce vieux bonhomme.

C’est au Maroc que cela se passe, un pays que nos concitoyens estiment pas si pauvre que ça, un pays ou le tourisme est roi et ou les vieilles peaux européennes viennent se dorer la pilule et se payer des petites bonnes pour pas cher.

Un pays d’ou les touristes reviennent enchantés par l’accueil et la douceur de vivre.

Il faut croire que les vitres du car à travers lesquelles ils observent le pays déforment la réalité, car le Maroc c’est pas vraiment un royaume enchanté.

Peut-être sont ils trompés par la bonne humeur des pauvres, parce que c’est pas une légende, ils rient les pauvres et finalement cette bonne humeur apparente ne doit pas faire illusion, ils savent qu’ils ne sont rien et qu’une crise d’appendicite peut les emporter vers la mort aussi facilement qu’un voyageur de Ryan-Air vers une destination extraordinaiiiiire.

L’honneur du pauvre c’est de mourir sans dépenser d’argent, en refusant d’être un poids financier pour sa famille.

C’est ce qu’il a fait le grand père, il a refusé l’aide financière des membres de sa famille vivant en France, il a refusé de s’alimenter, il a choisi de mourir, et cela a duré des jours et des jours sans même que la SPA soit au courant.

Et il n’est pas le seul dans ce cas, des malheureux meurent tous les jours, dans ce pays, de maladies bénignes, chez nous, et les cliniques exigent de l’argent liquide avant même d’examiner le mourant…

Mais qui s’en soucie ?

Salut vieux bonhomme, ta dignité dans la mort te fait honneur !

On ne sait même pas de quoi tu es mort!

De pauvreté sans doute.

Commentaires

tu as vu l'article de rue98, à propos du Maroc ?
ça commence à chauffer, là-bas aussi...

http://www.rue89.com/2007/11/13/les-emeutes-de-sefrou-montrent-le-desarroi-du-maroc-inutile

trés beau billet (le tien, of course !)

Ecrit par : l'homme médecine | jeudi, 15 novembre 2007

Salut l'homme médecine.
Non j'avais pas lu.
Merci.
En France la situation que je décris risque fort de se produire dans quelques années.
Et je pense que cela arrive aussi actuellement.
Vive les 42 années de cotisations.....misère!

Ecrit par : odm | jeudi, 15 novembre 2007

Oui, tellement ça.

Cette photo ...

Ecrit par : agathe | jeudi, 15 novembre 2007

"mourir de pauvreté"... oui, c'est excessivement bien vu, et bien ce qui pend au nez à nombre de nos concitoyens, dont beaucoup ont voté Sarko... Brèfle...
J'étais au Maroc, en mars dernier... et j'ai beaucoup discuté avec l'un des guides sur ce gouffre entre la population marocaine et les européens qui viennent y passer une vieillesse dorée...
Cette histoire m'a émue, terriblement...

Ecrit par : RdT | jeudi, 15 novembre 2007

Hum


http://bruxelles.blogs.liberation.fr/coulisses/2007/11/sarkozy-et-les-.html

Ecrit par : f | jeudi, 15 novembre 2007

Très émouvant, odm, les vieux se cachent pour mourir.

En France aussi. Fut un temps, suite à un accident de la route, je suis resté 3 ans couché sur un lit d'hopital...

J'ai vu un nombre incroyable de personnes àgées qu'on amenait là pour une fracture et qui crevaient (c'est un mot dur, mais exact), meurtries par les escarres et les complications dues à leur immobilité, dans l'indifférence générale de leur famille et du personnel hospitalier...

Je préfère mourir dans la pauvreté et la décence que dans un hopital pourri dans l'indignité, odm...

Ecrit par : "cui cui" fit l'oiseau | jeudi, 15 novembre 2007

J'ai relu ton billet. Le temps était magnifique comme ton billet Mister...Bravo

Cui cui

Je suis ô combien d'accord avec ton commentaire suite à une situation récente.

Ecrit par : agathe | jeudi, 15 novembre 2007

-f: merci de ton lien, Sarko n'aime que lui et les siens..
- Agathe: c'est la misère au soleil...
- Rêve : merci de ta visite, ton témoignage est trop rare.
- Cui cui: il faut témoigner comme tu le fait, une goutte d'eau..

Ecrit par : odm | jeudi, 15 novembre 2007

Cela me rappelle un dessin de wolinski, d'écor un club med ou des touristes sont en train de jouer au squatch contre un mur. Contre ce mur de l'autre côté, un jeune black sur un poteau d'éxécution avec des mecs en face près à tirer. Un des touristes grimpé sur le mur
"Hé petit tu peux nous relancer la balle ?".

Ecrit par : nef | vendredi, 16 novembre 2007

nef
Très juste ce dessin.
Trop juste.

Ecrit par : odm | vendredi, 16 novembre 2007

Les commentaires sont fermés.