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samedi, 29 septembre 2007
Déjà des souvenirs commençaient à crever.
C’est au hasard de mes pérégrinations sur le web que je suis tombé sur ce poème de Queneau. Le titre en est trompeur, il s’agit du nom de la ville ou il est né.Il met en mots la nostalgie que ressent un être humain devant la disparition, démolition des lieux ou il a grandi !
C’est beau.
Le havre de grace
Il ne faut pas chercher espace et souvenir
Dans la poussière énorme où dorment les maisons
Il ne faut pas chercher le temps et la mémoire
Dans la ferraille obscure où s’ébrèchent les toits
Je n’aurai pas cherché le vin ni le plaisir
Dans le vide indigo d’une fenêtre aveugle
Je n’aurai pas cherché le moment et l’histoire
Dans les rues abruties sous le poids des murailles
Les plans retraceront cette topographie
Les archives créeront cette chronologie
La mort s’affirme pure au creux des brèches sèches
Le sable se répand sur les jardins majeurs
Et l’école écroulée aspire mon enfance
Squelettes d’épiciers squelettes de tailleurs
Cadavre dispersée de la vieille libraire
On a tué tous les murs on a tué la lumière
Déjà des souvenirs commençaient à crever
On a tué tous les murs bétail supplémentaire
Je meurs par tout quartier La ville toute entière
Saute dans le matin en petites poussières
Dont l’une fut mon cœur et l’autre fut ma main
Et ma tête et mon pied et mes cahiers scolaires
Et l’angoisse et le pain et les jeux et la nuit
Un balai un balai pour toute la poussière
Je suis si mort déjà que je puis rire aux larmes
Et la mer lessivait ce qui veut bien blanchir
(Raymond Queneau)
03:35 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note


Commentaires
Très beau, rien à ajouter...Quelques instants de silence, c'est tout.
HS
C'était toi ? Je l'espère...
Ecrit par : agathe | samedi, 29 septembre 2007
C'était toi ? Je l'espère...
oui...
Ecrit par : olivier de melgueil | samedi, 29 septembre 2007
Les commentaires sont fermés.